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il a adressé aux habitants français une Proclamation à l’effet de calmer leurs appréhensions, et de protester des bonnes intentions de Sa Majesté à leur égard, mais qu’il a pris sur lui d’omettre de ce document officiel la clause concernant le libre exercice de la religion, et ce, pour la raison que voici : « le traité d’Utrecht, en vertu duquel l’Acadie ou Nouvelle-Écosse, avec tous ses habitants, a été cédée à la couronne de Grande Bretagne, ne met pas Sa Majesté dans l’obligation de laisser les habitants français libres de pratiquer la religion catholique romaine [1] ; et comme Sa Majesté n’a encore fait aucune promesse en cette matière, j’espère que nous pourrons trouver des moyens efficaces d’altérer les liens de consanguinité et de religion, qui rattachent les habitants français de la Nouvelle-Écosse à ceux du Canada, en les forçant à des relations avec les sujets britanniques d’ici, et en exerçant un contrôle sévère sur le pouvoir pernicieux que les prêtres romains ont sur eux et sur les Indiens ; mais notre travail en ce sens serait stérile, ou du moins grandement entravé, au cas où Sa Majesté promettrait à ces habitants de continuer à pratiquer en toute liberté leur religion.

« Et donc, Sa Majesté s’en étant rapportée à moi, pour rédiger les termes de la Déclaration à faire en son Nom aux

  1. L’auteur met ici en note : « L’art. 14 du traité d’Utrecht stipulait « que les sujets du Roi de France auront un an pour voir à se transporter en tout autre endroit, avec leurs biens mobiliers. Quant à ceux qui préféreront rester dans la Province, et devenir sujets du Roi de Grande Bretagne, ils jouiront du libre exercice de leur religion, conformément aux usages de l’Église de Rome, en autant que les lois de la Grande Bretagne l’autorisent. » Et en 1730, les Acadiens ne consentirent à prêter serment que parce que ce privilège (de continuer à pratiquer leur religion) leur fut renouvelé plus explicitement par Philipps. » Nous ajoutons : « Comment Shirley peut-il dire que le Roi d’Angleterre n’était pas lié sur ce point par le traité d’Utrecht ? » — Cf. Hannay, ch. xvii, p. 308.