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l’ennemi les gardait sous le coup de terribles châtiments, et que la garnison d’Annapolis était hors d’état de pouvoir leur assurer l’impunité ? Et toutefois, dans l’esprit subtil du gouverneur, ces objections seraient à peine des obstacles. La grande affaire, c’est que l’exode des habitants irait « grossir considérablement les rangs de l’ennemi », — the driving all the French Inhabitants of Nova Scotia off their settlements, and thereby very greatly strenthening the Ennemy upon this Continent, — « et créerait dans la Province un vide qu’il serait impossible de combler, tant que durera la rupture entre la France, et même après que la paix sera faite, pour peu que les Indiens continuent à nous faire la guerre [1]. » Tel était le point important. Au fond, il n’y a que le côté politique, la raison d’intérêt qui l’occupe : aussi suggère-t-il comme « plus avantageux » de traiter les Acadiens en sujets anglais, quitte à punir ceux dont on a à se plaindre, de préférence à dépeupler le pays en les en chassant tous sans merci.

Entre Shirley et le commodore Charles Knowles, qui a laissé un si triste souvenir à Boston et ailleurs, il y a cette différence que l’un est arrêté, dans ses projets, par des motifs de diplomatie, tandis que l’autre cède uniquement à sa propre brutalité. Il est vrai que la diplomatie du gouverneur du Massachusetts manquait d’envergure : elle consistait en une certaine habileté à faire jouer les ficelles plutôt qu’en un réel sens politique. À preuve, c’est qu’il n’a pas vu qu’aucun Acadien ne consentirait à rester dans la

  1. « …It would be exceeding difficult to fill up the chasm which driving off the Inhabitants would make in the country ; during the rupture with France, it would certainly be impracticable, and I doubt whether it would not be so, when peace shall be made with France, if the Indians should continue at war with us. » Même lettre du 21 novembre 174th.