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reille occurrence. Supposer le contraire serait ignorer totalement la nature humaine. Les relations françaises font voir qu’il se présentait souvent à leur camp des soldats échappés de la garnison d’Annapolis. Ces déserteurs les renseignaient sur la situation des Anglais. Ces faits sont de tous les temps et de tous les lieux ; et nulle conclusion, défavorable aux Acadiens en général, ne saurait en découler.

Inutile par conséquent d’insister sur ce point. Il reste acquis que les habitants français, placés dans une position extrêmement délicate, s’en sont tirés à leur honneur, et ont donné des preuves éclatantes du grand cas qu’ils faisaient de leur serment de fidélité. Comme l’a dit Mascarène dans une lettre plus haut citée : « Aux Français qui les sommaient de prendre les armes, ils répondaient par leur serment de fidélité [1]. » D’ailleurs, les faits sur lesquels nous nous basons pour établir leur loyauté ne sont contestés par personne, si ce n’est par Parkman. Cet historien qui, dans son ouvrage Moncalm et Wolfe, ne consacre que trois pages au récit des événements survenus de 1710 à 1749, résume en trois

    XIX, p. 352). « …Les officiers anglais annoncèrent l’intention de poursuivre un certain nombre d’habitants qui étaient réputés avoir pris les armes. Douze furent mis hors la loi, parmi lesquels la famille Gauthier, et le 7 novembre onze autres furent sommés de se présenter à Annapolis devant la cour. » Rameau. Une Colonie, etc. Tome II, ch. XIII, p. 128. — À la page 108 de ce même chapitre, Rameau dit : « Mascarène… opéra quelques enquêtes sur les relations des Acadiens avec les Français durant le séjour de Du Vivier aux Mines… Il pensait bien que plus d’une connivence avait dû se produire entre quelques-uns des habitants et leurs envahisseurs. On arrêta donc aux Mines Armand Bugeaud, fils de l’ancien chirurgien de ce district, Joseph Le Blanc, dit Le Maigre, et quelques autres ; ils furent acquittés et relâchés, mais on surveilla les Acadiens avec méfiance… »

  1. Their plea with the French who pressed them to take up arms, was their oath. (Letter to Shirley, April 1748. — Akins, p. 159).