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même territoire, devenu beaucoup trop étroit pour la contenir [1]Dans une lettre du 15 novembre 1740, adressée au Secrétaire d’État [2], Mascarène s’exprimait ainsi à ce sujet : « L’accroissement des habitants français est tel que nous désirons recevoir des instructions toutes fraîches nous disant que faire d’eux. Ils ont divisé et subdivisé entre leurs enfants les terres qu’ils possédaient ; et maintenant ils cherchent à avoir de nouvelles concessions de terres, que ni le gouverneur (Philipps), ni feu le gouverneur (Armstrong) ne s’étaient crus autorisés à leur accorder, vu que les Instructions de sa Majesté sur ce chapitre prescrivent qu’on ne doit concéder des terres nouvelles qu’aux seuls sujets protestants. Ce retard a été cause que plusieurs des colons français sont allés s’établir sur les limites et presque en dehors de la province, à une bonne distance d’Annapolis, nonobstant les proclamations et ordres contraires. Il n’a pas paru sage jusqu’ici de les déposséder par force… « Que si on leur arrache ce qu’ils ont dû prendre, ils en seront réduits à vivre ici misérablement, et fomenteront des troubles ; si on le leur laisse, alors ils continueront à se considérer comme propriétaires légitimes, en dépit de toutes

  1. « En 1707, la population française de la presqu’île acadienne était de 1484 âmes, sauf les pêcheurs dispersés sur les côtes. On peut évaluer la population française de la péninsule acadienne, en 1731, à environ 6,000 âmes. En 1737, un recensement officiel et fort détaillé constate en Acadie 7,598 habitants, savoir : 6,542 dans les cantons des Mines et de Beaubassin, et 1,046, à Port-Royal, tous français. Ce qui représente une augmentation de 6,114 sur le dénombrement de 1707, et de 1,600 sur celui de 1731. La population avait donc quintuplé en trente ans, ce qui représente un accroissement moyen de 6 pour 100 par an, dû presque exclusivement au mouvement naturel des naissances. » Rameau. La France aux colonies, ch. III, passim. V. aussi les notes de ce chapitre.
  2. N.-S. Doc., p. 108.