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fond son grand esprit d’observation lui faisait comprendre que la douceur et la persuasion étaient les moyens les plus propres à retenir les Acadiens dans la voie du devoir. Nous sommes obligé d’avouer que sa conduite à l’égard du clergé fut empreinte de quelque sévérité. Cédait-il, sur ce point, aux préventions qu’il devait naturellement entretenir, lui dont la famille avait souffert la persécution et l’exil à cause de ses croyances protestantes ? Peut-être. Les siens avaient été victimes de l’intolérance religieuse. Maintenant qu’il détenait le pouvoir, il avait peut-être le secret désir de plier le clergé catholique à ses volontés, et même de lui faire sentir le poids de ses caprices. Si haute que fût son intelligence, si réel que fût son esprit de justice et de bonté, il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’il eût cédé quelquefois à cette tentation. En vérité, il imposa aux prêtres de nombreuses obligations : mais nous ajoutons qu’il eût toujours la condescendance de les discuter avec eux point par point ; et, d’une manière générale, il obtint toujours, de leur part, assentiment et obéissance. Au reste, si nous tenons compte de la position très spéciale dans laquelle se trouvaient ces prêtres, force nous est de convenir que les restrictions que Mascarène mît à leur action furent, pour la plupart, parfaitement justifiables.

Le volume des Archives de la Nouvelle-Écosse, pages 111, 112, 113, contient trois lettres de ce gouverneur à M. Des Enclaves [1], et pages 118 et 127, deux lettres du même à

  1. L’abbé Jean-Baptiste Gay Desenclaves naquit le 29 janvier 1702, dans la paroisse de St-Léonard de Limoges, France. Il fut ordonné à la prêtrise le 15 juin 1726, entra quelque mois après dans la société de St-Sulpice, et deux ans plus tard, fut envoyé en Canada. Le 1er septembre 1728, il arriva à Montréal, et exerça le ministère pendant 9 ans dans les paroisses de Notre-Dame de Montréal, de Ste-Anne du Bout-de-l’Île, de Repentigny, de la Longue-Pointe et du