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savons de cette affaire est contenue dans une lettre d’Armsrrong aux Lords du Commerce, en date du 23 juin 1729. Cette lettre, cela va de soi, a été reproduite par Akins, sauf qu’il n’en donne qu’une partie, la partie la plus accablante pour ce pauvre M. de Breslay. Or, nous allons citer ce document à peu près en entier, et d’après Beamish Murdoch[1], mettant seulement entre crochets le court extrait qu’en a fait le compilateur des Archives. L’on pourra ainsi se rendre compte que les parties omises modifient considérablement

    chapelle une maison connue sous le nom de fort Mohawk, située à l’extrémité du fort. C’est là qu’Armstrong commença à causer à ce vénérable missionnaire toutes sortes d’injustices. Pour éviter des conflits avec ce fonctionnaire ombrageux, il fallait à l’abbé de Breslay plus que la prudence et la patience d’un saint. Bien qu’il eût pris toutes les précautions possibles pour ne pas s’attirer de reproches de la part du chef du conseil d’Annapolis, il vit bien qu’il ne pourrait réussir longtemps à se soustraire aux dangereuses manœuvres de l’autorité civile. À cette époque, le conseil anglais d’Annapolis administrait toute la province. L’administration tentait d’arracher aux Acadiens un serment sans réserve. Armstrong ne put obtenir que le missionnaire de Breslay entrât dans ses vues astucieuses. Dès lors, rupture complète avec lui. La comédie que joua Armstrong, le dimanche 25 septembre 1725, (cet événement est relaté dans l’un de nos précédents chapitres) fut vite déjouée et dénoncée par les missionnaires français du pays. Dès lors l’abbé de Breslay devint insupportable au lieut-gouverneur. Armstrong alla jusqu’à l’apostropher dans l’église où le curé officiait. Une autre fois, il arrive au presbytère, fait enfoncer les portes, fouiller tous les meubles et forcer les serrures pour en enlever les papiers. N’y trouvant rien de compromettant, il fait enlever tout le mobilier et dépouille le pauvre missionnaire de tout ce qu’il possédait, y compris ses animaux.

    Dans un État de l’Acadie pour le gouvernement Ecclésiastique, 28 novembre 1731, envoyé au Ministère de la Marine et des Colonies, (cette pièce forme le No. v des Doc. inédits publiés par le Canada-Français, Tome I, p. 40), il est dit que M. de Breslay en est revenu, (de Port-Royal) rebuté des persécutions de M. Armestrom. (sic.) — L’abbé de Breslay fut obligé, pour éviter la prison et la mort, de se réfugier dans les campements indiens où il passa quatorze mois. C’est de là qu’il retourna au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, en 1735. Il était âgé de 77 ans.

    Les Anc. Missionnaires de l’Acadie devant l’Histoire. op. laud., p. 35 et seq.

  1. Vol. I, ch. L, p. 452. — Akins, p. 82.