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contre le Roi de France. Je proposerais donc humblement que, si une formule de serment leur était présentée, par laquelle ils promettraient de prendre, en cas de nécessité, les armes contre les Indiens, de vivre paisiblement dans leurs maisons, de ne donner ni refuge ni aucune espèce d’assistance aux ennemis de Sa Majesté, d’obéir au gouvernement, de posséder leurs terres de la part du Roi et en vertu d’une nouvelle tenure,… dans quelle mesure ce serment, au jugement de Votre Excellence, serait-il suffisant pour assurer la sujétion des Acadiens [1]. »

L’on n’a qu’à suivre la correspondance de Philipps avec le Secrétaire d’État Craggs et les Lords du Commerce pour s’apercevoir qu’il se sentait profondément humilié de son insuccès. Cet homme s’était flatté que sa haute position dans l’armée, l’éclat de son nom, en imposeraient à une population simple et ignorante, et aplaniraient tous les obstacles qu’elle pourrait lui susciter. Sur un ton de conquérant, il avait, dès son arrivée, lancé une proclamation pompeuse et sévère ; et voici qu’il s’était heurté à des difficultés que des procédés plus souples et plus courtois auraient pu faire tomber, tandis que ses allures impérieuses les avait encore rendues plus insurmontables. Le Gouverneur aurait voulu alors revenir sur ses pas, se montrer conciliant, mais il était un peu tard : son attitude avait jeté la méfiance, répandu l’alarme. Il s’était imaginé que l’attachement des Acadiens à leurs biens, le délai très court qu’il leur accordait pour évacuer le pays, la défense qu’il leur faisait d’em-

  1. Nova Scotia Archives, p. 35. « And I would humbly propose that if an oath were formed for them to take whereby they should oblige themselves to take up arms against the lndians, if required, to live quietly and peaceably in their houses, not to harbour, or give any maner of assistance to any of the King’s enemy’s,… how farr this may be thought sufficient to bind them. »