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qu’à part les faits de nature publique qu’ils relatent, ces papiers nous permettent de saisir le caractère, le tempérament des personnages qui y figurent et de voir à nu les motifs qui les animaient. Est-ce donc là chose indifférente pour l’histoire ?

Mais Akins n’est pas seulement un compilateur dont l’éclectisme a de quoi étonner le chercheur impartial ; il se fait aussi volontiers biographe. Il a introduit çà et là dans son ouvrage des notes copieuses où il prétend à apprécier les hommes ayant joué un rôle quelconque dans les événements auxquels se rapporte sa publication. Et voici ce que je remarque à ce propos : chaque fois qu’il s’agit d’un gouverneur ou de tout autre officier ayant eu à traiter avec les Acadiens, le ton est invariablement suave et laudatif. L’occasion eut été pourtant excellente de porter un jugement sur Nicholson, par exemple, dans lequel les qualités de ce personnage eussent été mises en regard de ses défauts, de manière à faire ressortir ses traits les plus saillants et à nous en donner l’image exacte. Cette peinture était facile à exécuter avec les dossiers qu’avaient préparés quatre des lieutenants-gouverneurs qui s’étaient succédé à Annapolis-Royale, après la conquête. Et combien une telle biographie, présentée avec intelligence et équité, eut aidé le lecteur à se faire une saine opinion de l’ensemble des faits !

Les lettres que nous avons citées ont encore ce mérite, non moins grand, d’expliquer le puissant intérêt que l’on avait à empêcher l’émigration des Acadiens. Selon les propres expressions de Vetch, ce départ était la ruine du pays ; et encore qu’il n’y eût pas huit mois que Nicholson, en présence de MM. de la Ronde et de Pensens, eut décidé de référer à la Reine cette question de l’exode des habitants, Vetch ne se fait pas faute de supplier le Bureau de Com-