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encourageant, les Acadiens, par une lettre en date du 23 septembre 1713, renoncent à émigrer. [1] Ils donnent pour raison qu’ils ne peuvent accepter d’aller s’établir à l’Ile Royale sans une assistance sérieuse de la part des autorités, attendu que le sol y est de qualité inférieure, en grande partie boisé, et qu’il ne s’y trouve pas de pâturages naturels pour la nourriture de leurs bestiaux. Que si cependant on les oblige de prêter serment, ils partiront quand même. Et ils ajoutaient : « Nous ignorons d’ailleurs de quelle façon les Anglais entendent nous traiter. S’ils nous créent des embarras à cause de notre religion, ou s’ils morcellent nos propriétés afin de les partager également entre nous, nous nous embarquerons immédiatement. »

M. de Costebelle fut très vexé de cette attitude, et plus encore peut-être d’une lettre qu’il avait reçue de l’abbé Gaulin sur qui il comptait pour favoriser l’exode des Acadiens vers l’Ile Royale. L’abbé Gaulin avait en effet répondu en ces termes un peu vifs aux avances du gouverneur : « Il lui était impossible de se prêter à ses manœuvres ; le secours que M. de Costebelle promettait ne reposait pas sur des garanties suffisantes ; il ne convenait pas au gouverneur de vouloir se servir de l’influence des missionnaires pour mener à terme une affaire qui pouvait avoir des résultats fâcheux, et dont l’issue, en tout cas, était bien incertaine. Que si M. de Costebelle ne pouvait donner des gages de la droiture de ses intentions et fournir aux Acadiens une assis-

    il fut remplacé par M. de St-Ovide. C’est lui qui fonda Louisbourg. Sa mort arriva en France en 1767.

  1. « On avait d’abord compté de transporter dans l’Île Royale tous les Français établis en Acadie ;… mais les Français n’y ayant pas trouvé de quoi se dédommager de ce qu’ils possédaient en Acadie… » Charlevoix, op. c. Tome  IV, liv. XX, p. 145.