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semblent supérieurs à tout ce que l’on a pu observer chez les Anglais : et ces qualités personnelles expliquent qu’ils aient pu résister pendant un siècle et demi à un ennemi seize fois plus nombreux.

Les Français avaient exploré l’intérieur du continent et fondé partout des postes quand les colons anglais ne s’étaient pas éloignés encore des rivages de la mer. C’est de 1680 que datent les établissements de Détroit, de Frontenac, de la Baie Verte, de Vincennes, et quelques autres dans les Illinois[1]. Telles étaient leur activité et leur hardiesse que les habitants de Détroit offrirent de lancer trois mille colons dans le pays avoisinant, afin de dominer l’intérieur du continent, si le gouvernement français voulait seulement leur accorder une compensation en facilitant l’envoi d’une forte émigration en Canada.

Abandonnés, délaissés par la Métropole, sans direction et sans secours, les Français firent face aux difficultés de leur situation avec un courage et une intelligence rares. La loyauté de leurs procédés, leur sagesse et leur justice leur assurèrent une influence considérable sur les tribus indiennes. Il est à remarquer en effet que les nôtres n’eurent

  1. « Champlain visitait les grands lacs avant qu’aucun anglais eut songé à perdre de vue le rivage de la mer ; en 1660, nos traitants de pelleteries et les coureurs de bois, parcouraient déjà tous les ans, et en grand nombre, ces contrées reculées ; en 1680, ils exploraient en amont et en aval la vallée du Mississipi, et ils établissaient partout des postes de commerce dont la série échelonnée finit par relier le Canada et la Louisiane… En 1740, alors que l’intérieur de ce vaste continent était presque inconnu des anglo-américains, les Canadiens avaient fondé, depuis 40, 50, et 60 ans, des colonies jusqu’à quatre cents lieues de la mer ; telles étaient Frontenac, Détroit, Michillimakinae, la Baie Verte, Vincennes, et les colonies si curieuses et si peu connues de l’Illinois, qui datent de 1680, et dont les premiers registres de baptême et de mariage sont de 1695.»

    Rameau, loc. cit. p. 295.