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Nous voudrions pouvoir dire que Parkman a simplement fait erreur, mais cela nous est impossible. Nous avons étudié de trop près sa manière de procéder, nous sentons trop ses efforts constants dans le but de déguiser la vérité, pour ne pas voir, ici comme ailleurs, trace de ce système méthodique de tromperie que l’on retrouve à chaque page de ce qu’il a écrit sur l’Acadie. Dura veritas, sed veritas[1]

Nous avons cherché à pénétrer le caractère de cet abbé Le Loutre, qui a amoncelé sur sa tête des haines bien méritées. La chose n’était pas facile ; cependant, nous croyons y être parvenu dans une large mesure. Parkman, qui ne doute de rien, lui, a eu bien vite fait de peser et de mesurer ce personnage. En quelques mots, avec le laconisme de César racontant ses conquêtes, veni, vidi, vici [2], il nous dit : « Le Loutre était un homme d’un égoïsme effréné ; il était possédé d’un violent esprit de domination ; il avait une haine intense des Anglais, et un fanatisme que rien n’arrêtait [3]. » Et voilà la question jugée. Comme effet de style, c’est enle- .

    en état de parler avec autorité. » (fol. 322). Cf. aux Appendices les Lettres de Vicaire-général de Le Loutre. Il y est nommé, et cela paraît contredire l’affirmation de Richard, Grand-Vicaire in cunctis provinciis tum suh Angliœ tum sub Franciœ regum ditione positis, in peninsula…

  1. Ceci n’est pas une citation. Cela est inspiré du «  dura lex. sed lex ».
  2. Le MS. original, fol. 322, porte ; « avec la rapidité de César, racontant ses conquêtes de la Gaule, veni, vidi, vici, il dit. » Or, ce n’est pas après sa guerre des Gaules, mais après sa victoire rapide et éclatante sur Pharnace, roi de Pont, que Jules César, dans une lettre au sénat de Rome, a dit ces mots fameux : Pontico triumpho inter pompœ fercula trium verborum prœtulit titulum, — veni-vidi-vici — non acta ielli significantum, sicut ceteris, sed celeriter confecti notam. Cf. C. Suetoni Tranquilli Opéra. De Vita Cœsarum Divus Julius, lib. I, p. 17).
  3. «  Le Loutre was a man of boundless egotism, a violent spirit of domination, an intense hatred of the English and a fanatism that stopped at nothing.  » Montcalm and Wolfe, I, p. 118.