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nées à les protéger contre les hautes marées. Au nord de cette frontière se trouvaient les établissements de Chipody, Petitcodiac, Memramcook, Joli-Cœur, Aulac, La Prée des Bourgs, La Prée des Richards, Cocagne, etc. ; — au sud, le village de Beaubassin, la rivière des Héberts, Menoudy, etc. La moitié, ou à peu près, de ce district, était donc en territoire anglais, et les Français s’attendaient bien que leurs ennemis n’allaient pas tarder à l’occuper, ne fut-ce que pour mettre obstacle à l’émigration des Acadiens [1].

En attendant, l’abbé Le Loutre, qui s’était fait l’instrument des Français [2] fit de grands effors pour déterminer les

    ter, au sens de « bouter, fixer à ». Cf. Dict de Hatzfeld et Darmester. Voir aux Appendices la savante dissertation que M. Adjutor Rivard a faite sur l’origine de ce mot.

  1. Cf. A. C. (1894) p. 153, N. S. Lords of Trade to Secretary of State (Bedford). March 9, 1750. Whitehall… « the rapid growth of Halifax… is only part of a great plan ; other settlements must be made, without which the French inhabitants will never be induced to become good subjects… The place to be settled next summer is between Chignecto and Baie Verte, at the entrance of the peninsula » . A.& W. I., vol. 596.
  2. Cette expression ne rend pas justice à Le Loutre. Richard ici, comme en d’autres endroits de ce chapitre, s’inspire de Casgrain, qui a dit de ce missionnaire : … « entraîné par un patriotisme aveugle, il se fit l’instrument des intrigues et des menées coupables de quelques-uns des commandants français… Bien que doué d’une activité et d’une persévérance incontestables, il a méconnu les devoirs de son état ». Cf. Coup-d’œil sur l’Acadie, (C. Fr. T. 1er, p. 126 et passim.) Les Anglais n’ont pas parlé autrement de ce vénérable prêtre : « Father Le Loutre, a véritable pro-consul of France », lit-on, dans Records of Chignecto, par W. C. Milner (Coll. of the N. S. H. S. vol. XV, Halifax, 1911, p. 3). Or, tout ceci est une exagération malheureuse. Des historiens sont venus qui ont réhabilité Le Loutre, (Cf. Appendices) et ont bien prouvé qu’il fut un irréprochable missionnaire. Casgrain lui-même a réformé son premier jugement à son sujet, dans son ouvrage : Les Sulpiciens et les prêtres des Missions Étrangères en Acadie, où il dit : « … l’abbé Le Loutre, le plus clairvoyant des missionnaires » de l’Acadie, qui avait prédit aux Acadiens la trahison dont ils allaient être les victimes, et qui criait bien haut que leur dernière chance de