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Acadiens. Leurs terres étaient les plus fertiles de la Province ; leurs travaux d’endiguements représentaient à eux seuls une somme énorme de labeur. Ces terres pouvaient donner l’aisance à une population de 12,000 âmes. Mais il y avait des objections qui subsistaient encore contre leur laisser-partir, et avec autant de force qu’en 1713. Les sauvages étaient toujours ennemis irréconciliables des Anglais, et cette aversion était habilement entretenue par les Français du Cap Breton. Tant que ceux-ci resteraient maîtres d’un coin de terre dans ces parages, il serait impossible, ou, en tout cas, dangereux, d’établir de nouvelles colonies sans les protéger efficacement et à grands frais contre ces Indiens. Autrement, personne ne voudrait courir le risque de s’y fixer.

La considération la plus puissante cependant était l’accroissement de forces que l’accession des Acadiens donnerait à la France. Cette éventualité, dont l’importance n’échappa pas aux intéressés, au temps de Nicholson et de Philiipps, avait encore plus de poids à l’heure présente. Une addition de 13,000 âmes [1] du côté des Français eût rendu fort précaire la position de l’Angleterre dans la Péninsule. C’est ce que comprenait Comwallis, et ce que son successeur Hopson comprit non moins bien, lorsqu’il suppliait les Lords du Commerce [2]de ne pas l’obliger à presser les Aca-

  1. D’après la description de l’Acadie, qui se trouve dans Documents inédits sur l’Acadie, publiés par le C. F. pièce VII, p. 44 & seq., la population acadienne de la Péninsule formait en 1748 un total d’environ 9, 150 communiants, c’est-à-dire 12,500 à 13,000 âmes.
  2. « Desires to know the form of oath to be offered to the French inhabitants ; it is impossible to force the present oath on them ; the inhabitants of Chignecto made it a pretext for throwing off their allegiance and leaving their lands ; they are now in a better disposition and likely to amend. Will his si-