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toute autre façon qu’il vous plaira. Pour vous laisser effectuer ce projet, nous aurions à notifier aux commandants des vaisseaux et des troupes de Sa Majesté d’avoir à laisser toute personne passer et repasser, chose qui amènerait la plus grande confusion…

« La seule manière pour vous de quitter la Province est de suivre les règlements qui ont été édictés déjà. L’ordre est que tous ceux qui désireront quitter la Province devront se munir de notre passe-port. Et nous déclarons que rien ne saura nous empêcher de donner de tels sauf-conduits à tous ceux qui en réclameront, à partir du jour où la paix et la tranquillité régneront à nouveau dans la Province [1]


Corwallis dut se croire bien habile : en fait, étant donné qu’il voulait détruire l’impression fâcheuse qu’il avait produite, et empêcher à tout prix le départ des Acadiens, son langage ne manquait pas d’habileté. Fatigué d’expédients à courte échéance, lesquels avaient plusieurs fois mis à nu sa mauvaise foi, il allait maintenant tenir la clef de la situation, et il ferait durer les choses aussi longtemps qu’il lui conviendrait. Personne ne pourra partir sans s’adresser à lui ; il lui serait toujours loisible de refuser permission, sous prétexte que le pays n’était pas en paix, ou sous tout autre, car cela importait peu ; l’essentiel était de mettre fin à ces députations qui l’importunaient.

Ce subterfuge fut, croyons-nous, le dernier que Cornwallis ait employé. Le pays était tranquille, et ne le serait jamais davantage. Les Acadiens parurent comprendre que ces passe-ports ne leur seraient jamais accordés, car à par

  1. Nova Scotia Archives, p. 189-10-11-12.