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ces gens, il s’imagina, comme ses prédécesseurs, que l’attachement à leurs biens, et le défaut de moyens de transport, les forceraient à accepter ses propositions. Grande fut sa surprise lorsqu’il les vit en train de s’ouvrir un chemin par où s’en aller. Cette solution n’était pas entrée dans ses calculs. Mais il se montra à la hauteur de la situation, et leur défendit simplement de poursuivre leurs travaux.

Enfin, de guerre lasse, les Acadiens se résignèrent à rester dans le pays et à prêter le serment, sous condition de n’avoir pas à porter les armes contre les Français. Cette condition ayant été officiellement acceptée, le conflit était clos.

À partir de ce moment, ils devinrent, à leurs yeux, et aux yeux des autorités dont ils dépendaient, et pour tout le monde, les French neutrals [1] Se reposant sur cette conven-

  1. Cette question de la « neutralité » des Acadiens est bien exposée dans Hameau, (Tome II, ch. XI). Naturellement, les historiens anglais ne veulent pas l’admettre. Voici ce que dit par exemple William Kingsford : « It is customary to speak of thèse people as « the neutrals ». The term grew into use, but it is entirely unwarranted. Inferior novelists, with more serions writers, have made the word a vehicle on which they can base such arguments as they can offer… » Hist. of Canada, vol. III. Book XI, ch. III, N. S. p. 431). Et Murdoch : « The forced removal ! ! ! of the French Acadians, who called themselves neutral French… » Hist. of N. S., vol. II, ch. XX, p. 280. Et id., ibid., p. 287. « There can be no room to doubt that such a neutrality as had been suffered, But never sanctioned by the British Crown… ». Mais à qui la faute s’il est vrai que la Couronne Britannique n’ait jamais sanctionné le serment conditionnel que les Acadiens avaient prêté officiellement et qui avait été accepté par le gouverneur d’alors ? Les habitants français n’étaient-ils pas en droit de croire que ce serment était bon ? N’avait-on pas agi, pendant vingt ans, de façon à les laisser sous cette impression ? Pourquoi venir troubler leur paix tout-à-coup et leur demander un autre serment, mais cette fois absolu ? — Ah ! c’est que les Anglais se sentaient les plus forts maintenant. Quant à Parkman, l’on sait qu’après avoir partagé le sentiment général des historiens anglais là-dessus, il est venu à résipiscence dans A Half Century of Conflict, vol. I, ch. IX. Louishourg and Acadia, p. 209, où l’on dit : « Recently, however, évidence has ap-