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Et à Murray : « Si les habitants se conduisent mal, vous les punirez à votre discrétion ; dans le cas de tentative de destruction ou de molestation des troupes de Sa Majesté, soit par les sauvages ou par d’autres, vous avez reçu mes ordres d’exiger de ceux dans le voisinage desquels l’offense aura été commise, œil pour œil, dent pour dent, en un mot, vie pour vie [1]. »

Il est fort difficile de s’empêcher de conclure que Lawrence se complaisait dans la cruauté. Tout paraît avoir été calculé pour rendre le sort de ses victimes aussi misérable que possible. Ces divers commandants avaient leurs coudées franches. Avec Murray, cela n’était pas peu dire. Si du moins le gouverneur en fut resté là ; mais non : pour mieux accentuer ce qu’il entendait en laissant le champ libre à ses subalternes, il supplémentait leur liberté d’action par des instructions qui les invitaient à commettre des actes aussi barbares qu’injustifiables : « Vous exigerez vie pour vie de ceux dans le voisinage desquels une offense aura été commise contre les troupes de Sa Majesté. » À Beauséjour, l’ordre était précis de s’emparer des hommes, et de les expédier les premiers, les femmes et les enfants ensuite, vers des lieux différents, très éloignés les uns des autres. Aux autres endroits, l’ordre n’est pas aussi formel dans le même sens. Il n’est pas enjoint d’une manière spéciale aux officiers d’expédier les hommes séparément, mais de s’emparer d’autant de personnes que possible, particulièrement les chefs de famille et les jeunes gens, pour les déporter dès l’arrivée des premiers transports. Il y a là une légère variante, encore qu’elle soit loin d’indiquer que les membres des mêmes fa-

  1. Archives Can. loc. cit.