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roisses ; dès le lendemain les armes ont été portées, et les députés ont parti le mercredi d’ensuite. Après leur déïjart, on a demandé leurs canots, qu’on a fait brûler.

« Lorsque les députés de toutes parts furent rendus au nombre d’environ cent, on les fît comparaître devant le conseil du roy où on leur signifia qu’on ne voulait d’eux ni propositions ni explications. Ceux d’Annapolis voulurent montrer leurs privilèges accordés par la reine Anne et ratifiés par le roy régnant, mais inutilement, le gouverneur leur répondait qu’il ne voulait d’eux qu’un oui ou un non. Il leur fit la question suivante qui est des plus simples : voulez-vous ou ne voulez-vous pas prêter serment au roy de la Grande-Bretagne de prendre les armes contre le roy de France son ennemi ? La réponse ne fut pas moins laconique que la question : Puisque, dirent-ils, on ne nous demande qu’un oui ou un non, nous répondons tous unanimement non, ajoutant seulement que ce qu’on exigeait d’eux allait à les dépouiller de leur religion et de tout.

« À l’instant le gouverneur donna ordre de les transporter sur une petite île, environ à la portée d’un boulet de canon d’Halifax, où on les conduisit comme des criminels, et où ils ont demeuré jusqu’à la fin du mois d’octobre [1], nourris d’un peu de mauvais pain et abreuvés de très mauvaise eau, privés de la liberté de recevoir aucun secours de personne, comme de parler à qui que ce fût.

« Le gouverneur s’imaginait que cette dureté amollirait le courage de ces généreux confesseurs, mais il ignorait la grâce qui faisait leur force ; il les trouvait toujours aussi

  1. À cet endroit de la citation, le MS. original — fol. 555 — porte la note suivante : « La déportation était alors à peu près terminée, et ces prisonniers furent déportés ensemble, séparément de leurs familles et à d’autres endroits ».