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conclusion que, longtemps avant le siège de Beauséjour, Lawrence avait résolu de jeter les Acadiens sur les plages de la Nouvelle-Angleterre ; l’on en arrive également à cette autre conclusion, corollaire de la précédente, qu’il faisait enlever aux Acadiens leurs armes, dans le double but de se créer des prétextes et d’exécuter plus sûrement son projet ; qu’il prenait offense d’une requête respectueuse parce qu’il avait intérêt à le faire ; qu’il refusait aux députés de se consulter avec leurs compatriotes par crainte que sa proposition d’un serment sans réserve ne fut acceptée ; qu’il opposait une fin de non-recevoir à leur consentement tardif à prêter ce serment pour la même raison ; qu’il les faisait prisonniers, parce qu’il voulait laisser croire à la population que leurs députés avaient refusé péremptoirement, et jusqu’à la fin, de se rendre à ses volontés, sachant bien que leur propre acceptation du serment serait d’un grand poids sur la décision de la masse ; qu’il ne prit l’avis de Boscawen, cœur-de-chêne, que parce qu’il l’avait préparé à ses vues, et qu’il tenait très fort à mettre ses actes sous le couvert d’une autre responsabilité, persuadé qu’il était qu’il n’obtiendrait jamais l’assentiment des Lords du Commerce, et qu’à moins de se protéger ainsi, il courait grand risque d’être blâmé et disgracié ; enfin que sa lettre du 28 juin à ces Lords était une tromperie pour masquer ses desseins.

« J’aime à croire, dit Casgrain, que les historiens qui ont cherché à justifier la déportation des Acadiens n’avaient pas en mains toutes les pièces du procès que nous possédons aujourd’hui ; mais je dois dire à mon grand regret, que celui qui en a fait le récit le plus retentissant, en avait sous les yeux la copie complète, pendant qu’il écrivait [1]. »

  1. Pèlerinage… p. 97.