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diens pour s’évader, et les moyens de les arrêter. Il n’omet ni une patrouille pour garder une route, ni un vaisseau pour fermer une passe. Tout cela avec une sagacité féline qui rappelle absolument le chat guettant la souris. Mais où le bon juge se surpasse lui-même, c’est dans la variété des pièges et des mensonges qu’il invente pour surprendre et saisir les pauvres Acadiens. Il faudrait, par exemple, tâcher de répandre d’avance parmi eux le bruit qu’on veut les transporter, non pas en exil, mais au Canada. Une fois sous cette fausse impression, ils se rendront plus volontiers. Si on pouvait les persuader de se livrer d’eux-mêmes ! Mais cela n’est guère praticable. Il y a bien les dimanches pendant lesquels ils se réunissent tous à l’église, où l’on pourrait peut-être les cerner et les arrêter. Il y a aussi la nuit, qui a si bien servi pour les désarmer. Si on le surprenait dans leurs lits ! Mais ils sont tellement éparpillés qu’on y réussirait difficilement. Enfin le juge a touché du doigt le vrai moyen, celui qui a été adopté en dernier ressort : c’est d’envoyer aux Mines un fort détachement qui les fasse prisonniers, après les avoir convoqués en assemblée [1]. »

Pour faire connaître plus fidèlement ce document, nous en donnerons quelques extraits [2] :

« Quant au nombre d’hommes nécessaires pour déporter les habitants, et aux endroits où ces hommes devront être placés, cela dépendra beaucoup de l’attitude des Français ; une chose qui faciliterait grandement leur disposition à partir serait de tâcher de répandre parmi eux la persuasion

  1. Pèlerinage au pays d’Evangéline. P. 94 et seq.
  2. À partir de la page 136 des Doc. inédits sur l’Acadie. À cet endroit du document, le Dr Brown a écrit en marge : « Number of Troops necessary to effect the measr. »