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pas compter avec elle pour affirmer le contraire. Mais la seule circonstance importante où le manque d’informations préalables ait été désastreuse pour les Anglais est celle du combat de Grand-Pré ; et nous venons de voir que les Acadiens méritaient plutôt des remercîments que des blâmes pour la conduite qu’ils tinrent en cette occasion. Si Lawrence se basait sur quelque chose, ce devait être sur ce cas de Grand-Pré, qui est le seul mentionné, le seul au sujet duquel les Acadiens eussent à s’expliquer. Et ceux-ci s’expliquèrent en effet, car si nous connaissons aujourd’hui d’une manière certaine qu’ils informèrent les officiers des projets des Français, c’est grâce à l’investigation à laquelle cette affaire donna lieu. Sans cela, les historiens se transmettraient encore de l’un à l’autre, comme fait historique incontestable, une accusation dont la fausseté est maintenant reconnue. Pour trouver ses prétextes, Lawrence était obligé de retourner de cinq ou dix ans en arrière, et de passer condamnation sur la conduite que les Acadiens avaient alors tenue, quand cette conduite avait été l’objet d’éloges répétés de la part du gouverneur Mascarène, et que les quelques rares coupables d’infraction au devoir, pendant la guerre qui marqua cette période, furent dénoncés par les Acadiens eux-mêmes et punis.

« Plusieurs d’entre eux avaient même été vus en armes contre Sa Majesté. ». Cette accusation n’avait chance d’être vraie qu’en autant qu’elle se rapportait aux trois cents qui venaient d’être pris les armes à la main, lors de la capitulation de Beauséjour ; mais Monckton leur avait pardonné, parce que c’était sous peine de mort qu’ils avaient agi ainsi ; et ceci ne regardait en rien les Acadiens que Lawrence avait en face de lui.