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acadienne dans ces régions ; d’autre part, le plan de Shirley comportait la plus injuste spoliation et un odieux attentat à la liberté religieuse, laquelle avait été garantie par un traité : il ne faut donc pas s’étonner de voir qu’il n’ait pas rencontré de faveur auprès du gouvernement anglais, toujours plus équitable et plus humain que ne l’étaient les autorités coloniales [1].

La population acadienne s’était accrue, en effet, avec une rapidité extraordinaire. Et nous prions le lecteur de se re-

  1. Richard revient ici, incidemment, à son « idée fixe », déjà énoncée dans la Préface, et touchée ça et là, au cours du tome premier : à savoir que la Métropole doit être innocentée de toutes les injustices et de toutes les iniquités qui ont été commises contre les habitants français de la Nouvelle-Écosse. D’après lui, ces iniquités furent uniquement l’œuvre de fonctionnaires qui agissaient à l’insu et même contre les ordres de leurs mandataires. L’auteur d’Acadie dispose ainsi peu à peu ses lecteurs à accepter une opinion qu’il émettra avec force et à laquelle il donnera le plus grand relief, quand il en arrivera au vif de la question, je veux dire la déportation des Acadiens. C’est alors que nous le verrons, dans une antithèse brillante et fragile, ne frapper à coups redoublés sur Lawrence et ses complices que pour mieux exonérer l’Angleterre officielle de toute participation à leur forfait. Mais où donc Richard avait-il puisé une idée si peu vraisemblable en soi, et qui ne résiste pas à l’examen des faits ? C’est là une mauvaise plaisanterie dont nous nous proposons bien de démontrer l’inanité, quand le temps en sera venu, Richard est parti, sur ce point important de son sujet, d’une idée à-priori. Or, en histoire, il n’est reçu de pire que l’apriorisme, que l’inflexible cadre que l’on s’est tracé à l’avance, et dans lequel l’on veut, de gré ou de force, faire tenir les faits,

    « It is useless, at this time of day, to pretend that a few interested and avaricious individuals were alone culpable in the affairs of the Neutral French, for full proof even yet exist, that they did what was done by the authority of the English King, George the Second, and under his hand and seal ; and that when after the deed was completed, and the remuant of those who survived drew up a memorial of their sufferings in the land wither they were banished, and sent it on to his successor, George the Third, it was rejected with cool indifference, and they were left to perish, or exist by the charities of those they were among, as chance might direct. »

    The Neutral French or the Exiles of Nova Scotia, by Mrs. Williams, author of « Religion at Home », etc. (Preface. P. VI, Two vols in one. Second Edi-