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le gouverneur ne l’avait prévu ; ils en étaient sortis à leur honneur. Quel est celui de nos lecteurs qui, s’il est convaincu que les faits que nous avons rapportés sont exacts, doutera maintenant de la fidélité des Acadiens demeurés dans la péninsule, loin des Français et de leurs alléchantes promesses, entourés de forts et de soldats prêts à les contenir au besoin, ayant leurs biens et leurs familles à protéger et à sauvegarder, sans secours possible du dehors, n’ayant rien à gagner, mais au contraire ayant tout à perdre à se soulever ? Toutes les conditions qui pouvaient raisonnablement faire supposer que ceux qui habitaient chez les Français prendraient les armes en leur faveur, se trouvaient ici complètement renversées. Ceux-là étaient sans conteste sujets français, ils avaient le droit de prendre les armes du côté des Français ; ils ne le voulurent pas cependant, empêchés qu’ils étaient par des scrupules ayant leur source dans une situation, claire en soi, mais qui, pour des gens simples et droits, laissait subsister encore un doute. Les autres étaient, au contraire, sujets anglais ; ils étaient liés par un serment ; leur devoir était tout tracé, tant qu’ils restaient en territoire anglais. Et ils auraient été à redouter ! La chose n’était pas possible.

Quant aux premiers, ils se trouvaient sous le coup d’une pression énorme tendant à les convaincre de leur qualité de sujets français, et à les forcer à prendre les armes pour la France. Ils résistèrent avec une opiniâtreté à peine croyable, mais dont on ne peut douter cependant. Peut-on raisonnablement supposer que les seconds, sujets anglais, échappant à toute influence indue, sans contact possible avec les Français, aient pu résister à l’autorité britannique, ou seulement méditer la résistance et le trouble ? Les premiers étaient soutenus, protégés par les Français ; ils pou-