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Peu de chose avait encore été fait pour tirer de la misère les Acadiens émigrés. Ces habitants étaient dans une situation assez précaire, travaillant tantôt pour les Français de Beauséjour, tantôt pour les Anglais du Fort Lawrence ; leurs regards se portaient sur le sol qu’ils avaient arrosé de leurs sueurs, où ils avaient passé des jours heureux dans l’abondance et la tranquillité. Si du moins l’avenir qu’on leur faisait entrevoir se fût présenté à leur esprit avec quelque apparence de certitude ! Mais la partie du pays qu’on leur offrait était disputée. La commission chargée de délimiter les frontières était en session : elle déciderait peut-être que les nouveaux biens sur lesquels ils s’étaient établis appartenaient au domaine britannique ; il leur faudrait alors subir une nouvelle expatriation avec son cortège de tribulations et de misères, ou accepter les conditions qu’ils venaient de refuser au prix de si grands sacrifices. Les circonstances qui avaient accompagné leur départ, cette expropriation forcée, après la destruction de leurs habitations, étaient autant de souvenirs qui pesaient lourdement sur eux. La tempête que Cornwallis avait soulevée au sujet du serment, était depuis longtemps apaisée. Leurs parents, leurs frères, leurs amis de Grand-Pré, de Piziquid, d’Annapolis, n’étaient plus inquiétés, mais vivaient au contraire dans la paix et l’abondance, comme aux jours heureux qui avaient précédé la fondation d’Halifax. Ils se reprenaient donc à espérer que la question du serment ne viendrait plus sur le tapis. À Corwallis, qui s’était d’ailleurs considérablement adouci pendant les deux dernières années de son administration, avait succédé un homme bienveillant et sensible, dont on vantait les intentions et les procédés. Tous ces motifs se combinaient pour augmenter, d’un côté leurs craintes, de l’autre leurs re-