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avait fait la force de la nation, faisant comme un désert partout où il passait. Tout se mesurait par la jouissance. L’exemple partant du trône, se répandait dans les classes élevées. Au milieu de cette course aux plaisirs, le trésor mal gardé devenait la proie des favoris ; les charges les plus importantes tombaient aux mains vénales [1].

L’intendant Bigot était, en Canada, le vampire qui, en épuisant la France, la conduisait promptement à la ruine et

  1. Voici un couplet qui sent son rhétoricien, animé d’ailleurs des plus excellentes intentions. Il y a là une soi-disant vue d’ensemble dont la forme ampoulée, le vague des insinuations, la banalité des aperçus, le manque de nuances, trahissent une connaissance imparfaite de la véritable histoire. Nous n’avons pas le moins du monde l’intention de justifier les écarts du 18e siècle français ; mais nous ne saurions nous contenter à son sujet d’un morceau fait d’idées reçues. Nous renvoyons le lecteur qui voudrait acquérir une notion sérieuse de cette époque, entr’autres au tome VIII de la grande Histoire de France, par E. Lavisse, Le Régime de Louis XV, par H. Carré. Nous lui conseillerions également de lire les magistrales considérations de M. Charles Maurras, dans son Enquête sur la Monarchie : « Pas une fois, sous son règne (Louis XV) fort long (1715-1774,) ne se sont produits des désastres comparables aux trois invasions de 1814, de 1815 ou de 1870. Quelle plaisanterie que Rosbach en regard de Sedan et de Waterloo, ou de l’unification de l’Allemagne et de l’Italie, beaux ouvrages de l’empire libéral ou de la démocratie libérale. En politique, on considère, non la moralité des rois ni même leur gloire, mais le résultat de leur règne. Louis XV a accru le territoire français de la Corse et de la Lorraine. Voilà son trait de continuité capétienne : le nationalisme. Nos souverains les plus différents se ressemblent tous en ce point que, bon an, mal an, bon ou mauvais règne, ils ont augmenté notre capital national, et, comme disent nos paysans, ils ont fait du meilleur. (Nous ferons remarquer cependant à M. Charles Maurras que sa thèse serait beaucoup plus consistante s’il pouvait nous expliquer comme il se fait que le nationalisme de Louis XV n’ait pas jugé à propos de faire les sacrifices nécessaires pour conserver à la France le Canada.) Si Louis XVI fait une exception apparente, ne convient-il pas de se rappeler tout ce que durent à son règne les armées de terre et de mer ? S’il céda lamentablement à nos ennemis de l’intérieur, il prépara tous les éléments de la défense nationale contre l’ennemi du dehors. Ses armées furent les chefs-d’œuvre de l’art. Plus que le grand Carnot, Louis XVI a été l’organisateur des victoires. » — {Paris, Nouv. Libr. Nation., p. 127-8)