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dans ces derniers quatre ans, la correspondance des Gouverneurs et les actes officiels ne portaient pas trace de la plus légère infraction aux ordres de l’autorité, dans toute l’étendue de la péninsule, il lui fallait donc changer de ton. Les accusations générales contenues dans la lettre susdite n’ont pas d’autre motif que la nécessité où se trouvait Lawrence, pour arriver à ses fins honteuses, de les justifier à tout prix. Or, ces accusations sont fausses ou grandement exagérées.

Nous examinerons plus tard, un à un, les divers griefs que formulera ce personnage. Pour l’instant, nous répondrons à ceux qu’il vient d’exprimer. Il accuse les Acadiens d’avoir entretenu des relations avec les Français, et de les avoir assistés en leur vendant leurs produits. Pareille chose avait dû se produire, en effet, au temps de Mascarène, alors qu’il n’y avait qu’un fort situé à l’extrémité de la province, et que, pratiquement, il n’y avait rien qui pût gêner les allées et venues hors de la frontière. Un gouvernement n’a aucun droit de se plaindre d’infractions semblables, s’il ne prend les mesures requises pour les empêcher. L’expérience démontre que ces infractions se répéteront, à proportion des occasions qui en seront offertes et de la diminution des risques qu’elles entraîneront, et cela sans préjudice de la loyauté et des vertus ordinaires d’un peuple. Si loyal et si soumis qu’on le suppose, l’appât du gain sera bien fort sur lui, et, à moins de rencontrer des entraves, il y cédera. Les Acadiens eussent été d’une perfection transcendante à la nature humaine, s’ils n’avaient quelquefois profité d’une situation qui favorisait leurs affaires. D’ailleurs, Mascarène ne se plaignit pas de ces relations commerciales qui avaient lieu en temps de paix ; au contraire, dans une de ses lettres, il disait avec beaucoup de sagesse qu’il fallait fermer les yeux sur ce trafic, parce que la garnison d’Annapolis ne