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l’âne de la part de celui qui, soit dit sans le blâmer, s’agenouille devant les héros de la révolution américaine. Le Donnes eris felix sera donc toujours applicable aux âmes vulgaires [1], qui ne savent qu’encenser la fortune. Mais, si l’Angleterre avait été victorieuse, comme cela fût probablement arrivé sans le secours opportun que les Français apportèrent à Washington [2], et qu’elle eût déporté les rebelles américains, de vrais rebelles ceux-là, et qui avaient moins de griefs à venger que n’en avaient nos pères, je me demande ce qu’en eût dit Parkman [3] ?

Nous sommes étonné de voir que les suggestions si équitables de Mascarène n’aient pas été acceptées par les Lords du Commerce. Ceci fait contraste avec l’esprit de justice

  1. Douce eris felix multos numerabis amicos.
    Tempora si fuerint nubila, solus cris.

    Ovid.
  2. Cette incidente n’est pas dans le M.S. original, mais dans l’édit. anglaise, vol. i, p. 350.
  3. Ces spéculations rétrospectives sur ce qui aurait pu être ou ne pas être sont plus que problématiques. Il est très vrai que la rébellion des colonies anglaises d’Amérique n’a guère eu de motifs idéalistes ; il paraît à peu près certain d’autre part que le concours de La Fayette et de Rochambeau, qui, eux, étaient animés de grands sentiments chevaleresques et se battaient pour une idée, a décidé du sort de cette guerre, assez matérielle dans son principe. Mais enfin, il paraît assez oiseux de se demander ce que l’Angleterre eût fait, en cas de victoire, étant donné que cette victoire lui a été refusée. Et si l’on prend les choses de plus haut et que l’on regardé à l’action de la Providence dans l’histoire, le succès des armées de Washington se présente comme un de ces événements nécessaires à l’ordre du monde et au progrès de l’univers. Les hommes qui y ont joué un rôle n’étaient que les humbles instruments de Celui qui gouverne tout avec nombre, poids et mesure. Envisagées dans cette lumière, les destinées de la révolution américaine prennent un sens et une proportion tels que l’on s’imagine difficilement qu’elles auraient pu être autres qu’elles n’ont été. Et si l’on s’en tient au même ordre de considérations, la perte de ces magnifiques colonies n’était-elle pas un châtiment infligé par Dieu à l’Angleterre, en retour de l’iniquité qu’elle avait commise contre une population inoffensive ?