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sion, on le trouve d’autant plus naturel de la part de l’auteur d’Acadie que le traducteur avait travaillé sans autre rémunération que la satisfaction d’avoir servi une juste cause. Mais enfin c’est une traduction. Ne confondons rien, ne mêlons pas les essences. Celui qui fait passer un écrit d’une langue dans une autre doit obéir aux lois du genre, et par conséquent faire subir à cet écrit les transformations nécessaires et inévitables. Chaque langue a son génie propre, lequel ne s’imprime sur un texte d’origine étrangère qu’à la condition que ce texte soit en quelque sorte jeté au creuset où il prendra la physionomie particulière à cette langue. Tandis que les retouches linguistiques et syntaxiques que le manuscrit original d’Acadie a subies sous notre main, ne pouvaient tendre à en changer le caractère ni à en altérer les marques distinctives. Un tableau de maître, que la poussière des ans aurait un peu fané et obscurci, ou mieux une peinture, dont tel détail de dessin ou de coloris aurait été par trop négligé, ne cesserait pas d’être l’œuvre unique et originale de tel artiste, pour avoir été l’objet, de la part d’un collaborateur discret, de quelque rafraîchissement de ton, et de quelque léger redressement de ligne, là où la main du maître avait un peu tremblé, là où son pinceau avait eu quelques oublis ou quelques défaillances.

Si nous n’avions eu à nous préoccuper que du point de vue art, nos corrections ne se fussent pas bornées à réparer des faiblesses de style, mais nous aurions éliminé des longueurs inutiles, supprimé des redites, tâché de donner un meilleur équilibre à toutes les parties, veillé à la suite logi-