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tin promis par le Massachusetts pour ce genre d’article, rassembla, en décembre 1724, une bande de 300 volontaires, et commença une chasse aux chevelures sur les frontières du New Hampshire, tuant un Indien, pour la chevelure duquel la compagnie reçut 100 £. Il repartit avec quarante hommes, en février 1725, et à Salmon Falls surprit dix Indiens qui dormaient devant le feu de leur camp et les tua : les chevelures de ces sauvages lui rapportèrent à lui et à ses compagnons 1 000 £. Il aurait dû alors se reposer et ne pas trop se fier à la fortune ; mais la perspective de gain et de gloire le poussa dans une troisième aventure, où il laissa sa propre tête [1]. »

Ces actes barbares ne furent pas, comme on le voit, le fait d’individus sans responsabilité, agissant isolément, mais bien celui d’officiers supérieurs stimulés dans leurs étranges ambitions par l’appât d’une prime gouvernementale. Dans la guerre qui venait de se terminer, (1744-1748,) ce même gouvernement du Massachusetts avait offert une prime de 100 £ pour la chevelure de tout indien mâle, et de 50 pour celle de chaque femme ou enfant. Nous n’ignorons pas que, dans certaines circonstances, les Français offrirent également des primes aux sauvages pour les chevelures de leurs ennemis ; mais nous ne sachons pas de cas où pareille récompense ait été promise par eux pour des chevelures de femmes et d’enfants. En outre, et c’est là une différence essentielle, cette odieuse besogne, au lieu d’être exécutée par des blancs, comme cela se pratiquait dans le Massachusetts, était laissée aux sauvages eux-mêmes. Et enfin, pendant les cinquante dernières années du régime français en

  1. Ibid., p. 320-1.