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s’est écoulée dans des milieux complexes ; et, grâce aux circonstances exceptionnelles qui ont marqué notre carrière, et peut-être aussi à la nature de notre tempérament, il nous semble facile de faire abstraction de nous-même pour bien comprendre les sentiments d’autrui. Disposition heureuse pour bien débrouiller un point d’histoire comme celui que nous étudions, où il est nécessaire de compenser par une observation pénétrante ce que les archives ont d’incomplet. Si d’autres ont compulsé sur la question plus de documents que nous n’avons fait, personne, croyons-nous, n’a apporté plus de méditation pour saisir le sens de ces événements.

Généralement, en matière historique, une simple compilation de matériaux bien agencés, reliés l’un à l’autre par une narration claire et explicative, suffit pour composer une œuvre qui présentera l’image à peu près fidèle de ce qui s’est passé. Pareil procédé est impossible en notre cas, car les matériaux sont peu nombreux ; les pièces les plus importantes ont disparu ; celles qui restent ne donnent le plus souvent que la version de l’une des parties intéressées, dans des lettres officielles raides et compassées où ne paraissent que les dessus ordinairement trompeurs, où l’on ne voit que ce qu’il a plu à leurs auteurs de laisser voir. Les motifs, les intentions, les pensées secrètes, tout ce qui compose les dessous de l’histoire, et qui ne se manifeste que dans les correspondances privées, les journaux intimes, les pièces contradictoires, cela fait ici complètement défaut.

Les circonstances ne permettaient guère de s’en tenir au code d’honneur international qui régissait l’Europe civilisée. La participation des sauvages dans les conflits rendait la paix factice, les luttes doublement cruelles, et portait les haines mutuelles à leur paroxysme. Chacune des deux nations avait ses alliés indiens, qui faisaient parfois la guerre