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La seconde autorité à laquelle l’historien américain a recours est bien pis encore. En passant de l’une à l’autre, il tombe de Charybde en Scylla [1]. Cette fois, il s’agit d’un officier français subalterne, du nom de Pichon. Après avoir passé plusieurs années à Louisbourg, ce Pichon fut transféré à Beauséjour en 1753, à savoir deux ans après l’époque dont nous nous occupons. Le capitaine Scott était alors commandant du Fort Lawrence. Pichon trouva le moyen de se ménager une entrevue avec lui, au cours de laquelle il offrit ses services, s’engageant, moyennant finances et promesses de protection, à lui transmettre tous les renseignements qu’il pourrait plus ou moins subrepticement se procurer sur les agissements et les projets des Français, ainsi que copie de tous les documents qui pourraient lui tomber sous la main. Pichon s’acquitta de son rôle odieux avec beaucoup d’assiduité, d’abord en communiquant avec Scott, et plus tard avec le capitaine Hussey, qui, peu de temps après, remplaça Scott dans le commandement du Fort Lawrence. Le triste sire continua dans la suite son métier à Halifax, à Louisbourg, à Philadelphie, après quoi il se retira en Angleterre, où il publia une brochure ayant pour titre : Letters and Memoirs relating to Cape Breton [2].

  1. Ce vieux proverbe n’a pas ici sa juste application. Tomber de Charybde en Scylla, c’est, en voulant éviter un mal, se jeter dans un plus grand. Or, Parkman ne fait rien de la sorte : les deux écueils, il les frappe tour à tour ; il donne contre le second, qui est le plus dangereux, sans avoir cherché le moins du monde à se garder du premier. Mais l’on comprend ce que l’auteur d’Acadie a voulu dire.
  2. Thomas Pichon (alias Thomas Signis Tyrrell) était français d’origine et avait été élevé à Marseilles. Il étudia d’abord la médecine. Grâce à la protection du marquis de Breteuil, il fut fait inspecteur des hôpitaux militaires à l’armée de Bohême et de Bavière. Un an après son retour en France, il fut fait inspecteur des fourrages de l’armée dans la Haute-Alsace. C’est là qu’il fit