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doit procéder un historien digne de ce nom. Mais Parkman, lui, comme d’habitude, a fait le silence sur toutes ces choses, se contentant de déduire de ces sources des conclusions d’autant plus fortes en faveur de sa thèse que leur origine est française. Sa fraude ne s’arrête pourtant pas là. Comme pour donner plus de poids à l’autorité de ces Mémoires sur le Canada, il en désigne parfois l’auteur sous l’appellation vague de : « A catholic contemporary, Un catholique contemporain. » Pareille désignation déroute le lecteur bénévole, qui ne sait plus bien s’il s’agit de ces Mémoires, ou d’une autorité additionnelle qui les confirme. C’est faire d’une pierre deux coups, multiplier en divisant. De là aux procédés candides de Murdoch, il y a un abîme [1].

  1. Voici exactement ce que nous relevons dans Parkman. Au chapitre IV de son Montcalm and Wolfe, vol. I, Conflict for Acadia, il est dit, en parlant de Le Loutre : This priest, says a French writer of the time (p. 113) et une note au bas de la page porte : Mémoires sur le Canada. À la page 119, autre citation ainsi amenée : «  Nobody, says a French catholic contemporary… » Et une note au bas de la page porte : Mémoires sur le Canada. À la page 125 : « They refused to go, says a French writer » et, au bas de la page 126, renvoi à Mémoires sur le Canada.

    Ailleurs, dans le même chapitre, Parkman renvoie à cet ouvrage, sans le citer textuellement, mais en fondant dans son texte les informations qu’il lui emprunte. L’historien américain fait grand état de ces Mémoires et leur attribue évidemment une haute autorité. Mais est-ce intentionnellement et pour donner le change au lecteur qu’en les citant, il dit tantôt : A French catholic contemporary et tantôt a French writer of the time et tantôt a French writer ? Toujours est-il que les renvois au bas des pages sont exacts, et qu’il n’est pas besoin d’un grand effort de la part du lecteur pour s’apercevoir que, sous ces appellations diverses, c’est toujours la même source qui est désignée. — Où Parkman a vraiment tort, c’est quand il donne ces mémoires comme venant d’un French catholic contemporary. Comment ne s’est-il pas aperçu que cet auteur n’avait rien de catholique ? Mais cela servait mieux le but de l’historien américain de le désigner, au moins une fois, sous ce nom. Cela donnait plus de crédibilité à ses infâmes jugements. Ne fallait-il pas que Le Loutre fût bien méchant pour qu’un « catholique contemporain » eût osé parler de lui en ces termes ? — Voilà ce que Parkman a peut-être pensé qu’on se dirait.