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Page:Ribot - Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome 24.djvu/6

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but ni les mêmes procédés, il est légitime de les examiner séparément. Je réserve donc l’étude des procédés de la construction historique je me borne à examiner comment se forme une proposition historique particulière. Cette analyse doit rechercher d° le caractère de la connaissance historique ; 2° les matériaux de cette connaissance 3° les opérations nécessaires pour en dégager une proposition historique ; 4° les conditions nécessaires pour qu’une opération aboutisse à une proposition certaine ; 5" les vices de méthode qui mènent à des propositions fausses ou incertaines ; 6" les procédés de vérification de l’histoire.


Toute connaissance empirique suppose un rapport entre un fait et l’esprit qui le perçoit. Entre un fait donné et un esprit donné le rapport peut être de trois sortes. Ou le fait se passe actuellement devant l’observateur qui peut l’observer directement ; — ou le fait a disparu en laissant des traces que l’observateur peut observer directement pour essayer de remonter par un raisonnement au fait qui les a produites ; ou le fait a disparu sans laisser de trace ; il est pour l’observateur comme s’il ne s’était jamais produit. Dans le premier cas, la connaissance porte sur un fait actuel et se forme par l’observation directe, elle est expérimentale ; dans le second cas, elle porte sur un fait disparu et se forme par le raisonnement à partir de l’observation des traces, elle est historique ; dans le troisième cas, elle est nulle. Une inondation se produit ; si l’observateur arrive pendant qu’elle dure, il observe directement le débit et la hauteur du fleuve ; s’il arrive quand elle est finie, il observe les traces laissées par les eaux sur le sol ou les souvenirs laissés par l’inondation dans les esprits et s’en sert pour reconstituer ce qu’il n’a pas vu ; s’il arrive quand les traces ont été emportées et que le souvenir s’est effacé, il ignorera même qu’il y a eu une inondation. Une proposition historique est celle qui est connue indirectement, non par l’o bservation du fait, mais par un raisonnement à partir de l’observation des traces laissées par ce fait. Or le même fait peut être connu à la fois par voie expérimentale et par voie historique. Le caractère historique tient donc, non à la nature du fait connu, mais au procédé par lequel on le connait. Aussi la connaissance historique peut-elle s’appliquer à toutes les espèces de phénomènes. Une étoile disparue, un orage apaisé, une espèce animale éteinte ne peuvent plus être atteints que par un procédé historique. Toute science expérimentale peut ainsi contenir une part d’histoire.