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Page:Ribot - Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome 18.djvu/8

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étude que nous signalions au début de cet article, a examiné, en ajoutant beaucoup d’arguments nouveaux, tous les points principaux de ce grave sujet : l’histoire d’abord, du moins l’histoire moderne, car les théories anciennes sur la croyance, fort curieuses et fort importantes, demanderaient à elles seules tout un volume : puis l’objet de la croyance, ses rapports avec l’évidence, avec la passion, avec la volonté. Nous voudrions, à notre tour, examiner avec M. Gayte, mais en les envisageant sous un aspect un peu différent, les deux questions essentielles à nos yeux dans la théorie de la croyance, celle de l’évidence et celle du rôle de la volonté dans la croyance.

I

Il n’est pas aisé de savoir exactement pourquoi le sens commun et les philosophes ont creusé un fossé entre la certitude et la croyance. Est-ce, comme on le dit quelquefois, parce que la croyance comporte une foule de degrés, tandis que la certitude est absolue ? Mais la croyance, au sens usuel comme au sens philosophique du mot, n’est-elle pas, en bien des cas, cette adhésion pleine, entière, absolue, sans aucun doute possible, qu’on appelle la certitude ? Les religions fausses ont eu des martyrs dont l’adhésion à des idées erronées était psychologiquement indiscernable de la certitude du savant. Dira-t-on que le propre de la certitude est de s’imposer à l’esprit sans aucune résistance possible, de dompter la raison la plus rebelle, de contraindre la liberté, tandis que la croyance laisse une place à la liberté et au sentiment, suppose de la part du croyant une certaine bonne volonté et exige, comme on dit, qu’il y mette un peu du sien ? Mais d’abord les croyances où manifestement la volonté et le choix réfléchi ont le plus de part, comme les croyances philosophiques, revendiquent le nom de certitude, et cela de l’aveu même des personnes qui sont le plus disposées à reconnaître l’importance de l’élément subjectif en toute croyance. En outre, sans parler de ceux qui résistent à des certitudes, jugées par d’autres irrésistibles, n’est-ce pas le propre de toutes les fortes croyances, fussent-elles les plus fausses, de prétendre à ce caractère de nécessité, d’évidence absolue, qu’on donne pour la marque distinctive de la certitude ? L’intolérance, sous toutes ses formes, n’a pas d’autre origine.

La certitude, dit-on encore, est fondée sur l’évidence, au lieu que la croyance ne repose que sur des probabilités. C’est une explication claire en apparence et dont beaucoup de personnes se contentent.