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Page:Ribot - Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome 18.djvu/283

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6.


comme une sphère. Mais le raisonnement n'est valable qu'à compter d'une date inconnue.

La sphéricité de la lune est démontrée par Aristote en partant de l'explication des phases et des éclipses par Anaxagore ; l'hypothèse de Bérose se serait prêtée à la même démonstration ; mais il ne faut pas oublier qu'Anaxagore lui-même regardait encore la lune comme plate, et que la théorie scientifique des phases.ne paraît pas avoir été réellement faite avant Philippe le Locrien, disciple de Platon. A la vérité, du moment où Philolaos faisait mouvoir la terre sphérique autour du feu central, il est assez croyable que par analogie il admettait aussi la forme sphérique pour la lune,• le soleil et les autres planètes. Mais Parménide ne se trouvait point dans le même cas; Alc-méon croyait le soleil plat (Stobée, I, 25, 4). Empédocle donnait à la lune la forme d'un disque (I, 26,1). Quant à Pythagore, en admettanj qu'il se soit posé le problème dans les termes de l'hypothèse de Bérose, la détermination de la forme d'un corps d'après les aspects successifs de sa face éclairée ne dépassait peut-être pas le degré où ses spéculations géométriques pouvaient atteindre ; mais ce n'est pas une raison suffisante pour croire qu'un homme qui a tant fait pour la science, mais qui en même temps s'est abandonné à tant de visées étrangères, se soit effectivement posé le problème et quïl l'ait résolu.

Le plus probable semble donc que le dogme de la sphéricité des astres en général, dogme qui, à compter d'Aristote au moins, a été adopté par tous les mathématiciens, ne remonte pas en fait au delà de Philolaos. En ce qui concerne Parménide, il est très possible quïl ne se soit pas expliqué sur la question; mais ce quïl disait du soleil, comme nous le verrons, n'est guère conciliable avec la forme sphérique.


V

Je viens de marquer et de délimiter autant quïl m'a été possible les principaux progrès scientifiques accomplis en cosmologie dans la première génération de l'école pythagorienne et révélés par le poème de Parménide. Il me reste à préciser sur quels points cette école, dans le même domaine, avait conservé les opinions des premiers Ioniens, sur quels points au contraire elle avait émis de nouvelles hypothèses.

J'ai dit plus haut que Parménide ne semblait guère connaître les Ioniens ; il est certain cependant que l'on peut faire de nombreux rapprochements