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Page:Ribot - Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome 18.djvu/268

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I.

L’étude de la physique de Parménide est d’ordinaire négligée par les historiens de la philosophie, qui s’attachent naturellement à la doctrine ontologique de l’Éléate, à ce qu’il affirme comme nécessairement vrai (τὰ πρὸς ἀλήθειαν) ; ils ne consacrent au contraire qu’une médiocre attention aux formules présentées par lui comme appartenant au domaine de l’opinion (τὰ πρὸς δόξαν).

Cependant les questions que soulèvent ces formules offrent un intérêt historique considérable ; comme l’a très bien reconnu Ed. Zeller, ce sont des opinions étrangères, non pas les siennes propres, qu’expose Parménide en physique. Il est vraiment singulier que l’illustre historien ne se soit pas demandé sérieusement à qui appartenaient ces opinions, qui bien certainement n’étaient en rien vulgaires ; mais si l’on pose la question, la réponse ne peut être douteuse. Le dualisme établi dès le début de l’exposition exclut les théories ioniennes et nous jette en plein pythagorisme.

Or les dogmes originaires de l’école de Pythagore sont de fait très incertains ; les premiers documents avérés, émanant de membres de cette école, ne remontent pas, on le sait, au delà de Philolaos ; qu’ils représentent la tradition immédiate de l’enseignement du sage de Samos, c’est une thèse commode, mais au moins improbable. Il est donc indispensable de la contrôler en recherchant chez les penseurs antérieurs, soit les traces de polémiques dirigées contre les pythagoriens, soit les traces d’emprunts faits à leurs doctrines.

Dans un précédent essai[1], j’ai tenté l’emploi de la première de ces

  1. Pour l’histoire du concept de l’infini au VIe siècle avant J.-C., voir Revue philosophique, décembre 1882, p. 618-636.