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Page:Ribot - Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome 17.djvu/180

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ment parce qu’il n’est pas un contenu sensible, n’est pas ce qu’on appelle sentir, n’est pas une partie de la sensation ; il n’est qu’un rapport. Or le rapport, comme chose de fait, existe même sans être connu ; et, en tant que connu, il ne peut exister que dans un sujet connaissant. Il y a cependant une forme de rapport, qui peut exister même comme étant sentie. Quelle est cette forme ? Celle qui se traduit en un sentiment. Par exemple, l’excès de la résistance qu’un corps étranger oppose à la force que nous employons pour le mouvoir est un rapport quantitatif, qui non seulement, ainsi que tous les rapports, peut être connu, mais qui peut être aussi senti. Et il le peut parce qu’il se traduit en un sentiment, qui est ici le sentiment de l’effort non réussi. Si, conformément à ces principes, l’on examine ces sensations qui s’appellent subjectives, l’on verra qu’elles se résolvent en des rapports sentis, c’est-à-dire, en dernière analyse, en des sentiments. Par exemple, les sensations .visuelles, où l’aspect subjectif reste d’ordinaire entièrement caché, si l’objet vu est une lumière excessivement vive, deviennent subjectives, c’està-dire que le rapport entre le contenu et le sujet se montre, et il se montre sous la forme d’un sentiment douloureux. Reste à voir quelle est la raison pour laquelle même ces sensations, où l’élément sentimental est nul ou n’est pas observable, se présentent comme subjectives, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas projetées hors du sujet. C’est ici qu’il faut introduire le processus de la localisation. Tant que cel-le-ci n’est pas faite, de telles sensations, faute d’être accompagnées de l’é~ment sentimental, restent étrangères au sujet, comme c’est le cas pour la plus grande partie de celles qui nous viennent des corps extérieurs. En effet, par exemple, la couleur de ma main est extérieure à moi non moins que celle de la main d’une autre personne. La même chose peut se dire des qualités tactiles de toute la superficie du corps.

Lorsque la distinction entre ce groupe de représentations sensibles, qui constituent mon corps, et toutes les autres est accomplie, le fait que les survenantes se localisent plutôt entre les premières qu’entre les secondes dépend de ces mêmes lois, d’où dépend la distribution variée du contenu sensible extérieur.

J :ai dit que nous avons ici d’un côté les représentations extérieures (le monde sensible externe), d’un autre côté mon corps. Mais j’ai mal dit ; j’ai trop dit. Je devais dire un corps déterminé. Car les procédés tout à l’heure décrits nous donnent bien un corps singulier, distinct de tous les autres, mais ils n’expliquent pas pourquoi ce corps-ci apparaît comme mon corps. Pour faire ce dernier pas, il faut l’intervention du sentiment. En effet, toutes les sensations, qui se localisent en