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Page:Ribot - Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome 17.djvu/176

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le premier de ces deux faits est le germe de toute vie sensitive, et nous pouvons dire, si l’expression n’est pas trop forte, qu’il crée le monde sensible, le monde des couleurs, des sons, etc. Dans le second est le germe de la connaissance, et, si l’on aime à conserver le parallèle, nous pourrions dire qu’il crée le monde des idées, le réseau incolore des formes logiques (qui s’adapte aux choses et les pénètre jusque dans leur profondeur, sans les déguiser ou les voiler, bien plutôt en les rendant transparentes), en un mot qu’il crée la vérité.

Mais peut-être dira-t-on que, soit que j’aie raison, soit que j’aie tort, non <M’(~ hic locus, et que M. Souriau, précisément parce qu’il s’occupe des sensations et des perceptions sensibles, n’avait aucun motif d’entrer dans cette impasse.

Eh bien M. Souriau nous parle de l’objectivité des perceptions et non pas seulement dans le sens vulgaire qu’on donne à ce mot lorsqu’on l’emploie pour distinguer ce qui se montre au dehors de ce qui paraît au dedans de l’être sensitif, mais bien dans sa signification vraie et propre, c’est-à-dire de l’opposition entre ce qui est reconnu comme une réalité iendépendante du sujet et ce qui est reconnu comme inhérent à celui-ci. Or je crois que dans le monde de la sensibilité et par la seule p)’esenta<Mn. ou ~p~seKta~on. d’un contenu sensible, il n’y a pas lieu d’admettre l’objectivité. Tant que ne commence pas à poindre cette lumière que nous avons décrite tantôt sous le nom de conscience, tant qu’un sujet n’est pas à la portée de recon~at~, d’af/h- de juger pour lui, il n’y a pas d’objet, de même qu’il n’y a ni vrai ni faux, qu’il n’y a pas des êtres, des actions, des rapports, mais uniquement des attitudes, variées s tant que l’on voudra, de son état sensible, des apparences déterm inées de telle ou telle manière, se succédant, alternant, s’associant en groupes, s’ordonnant en séries, ici se consolidant en des complications stables, là s’écoulant et se décomposant à la manière de ces tableaux qu’on appelle dissolvants.

Une autre remarque que je ne permettrai de faire à M. Souriau regarde l’ordre dans lequel il a disposé les trois différentes opérations psychiques qu’il appelle objectivation, exté1’io1’ité, localisation. A son avis, elles se succèdent précisément ainsi, premièrement l’objectivation comme le processus plus immédiat, qui surgit spontanément de la distinction intrinsèque, du contenu sensible ; puis l’extériorité comme résultat de la distinction entre le subjectif et l’objectif ; enfin, par effet de procédés plus compliqués et par voie d’associations constantes, la localisation. Je crois que la chose se passe autrement et précisément dans l’ordre inverse, c’est-à-dire qu’en premier lieu les sensations se localisent ; ensuite, en partie par l’effet de cette