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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/89

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NOTES SUR L’ALLEMAGNE IMPÉRIALE

et respectable ; ils appellent de leurs vœux l’union de tous les allemands, l’entrée dans une confédération unique de toutes les provinces germaniques. Or d’autres pangermanistes sont venus renchérir sur ce programme. Le leur comprend l’annexion de la Bohême, de la Hollande, de Trieste, de la Mésopotamie et du Brésil. Excusez du peu ! Mais comment en douter lorsque leur chef, l’étonnant Reventlow, s’en ouvrait il y a peu de semaines à un journaliste de marque dans les couloirs du Reichstag ? Il existe donc bien deux sortes de pangermanistes dont les premiers arriveront probablement à leurs fins à la condition, toutefois, que l’exaltation des seconds ne dresse pas devant eux une coalition mondiale. Et au train dont vont les choses…

Guillaume ii le connaît bien ce train. Il a longuement médité là-dessus. Tant qu’il s’est agi de trouver des débouchés commerciaux à la productivité de ses sujets, sa fertilité d’imagination, sa promptitude à se saisir des occasions, son habileté à en faire naître ont accompli des merveilles. En Orient, en Extrême-Orient, en Océanie, en Amérique, dans l’Afrique du Sud — partout l’initiative impériale s’est exercée, tantôt directe, tantôt dissimulée, en faveur de quelques avantages à obtenir : remaniements de tarifs, commandes fructueuses, établissements de comptoirs. Et, parallèlement, une marine puissante est née de toutes pièces par les soins vigilants du souverain, une marine pour laquelle il s’est dépensé sans compter avec la ténacité de vues et l’intelligence pratique d’un technicien rompu aux exigences du métier maritime.

Mais aujourd’hui c’est de bien autre chose qu’il s’agit. Une échéance approche contre laquelle il faut se prémunir. Cette dislocation de l’Autriche que Bismarck n’a pas su deviner, à la possibilité de laquelle il refusait même de croire, elle se prépare de façon évidente ; les craquements précurseurs retentissent de tous côtés. La Hongrie aspire à l’indépendance, les Slaves se groupent, le prince-héritier lui même indique qu’il a pris son parti de l’inévitable et les sujets allemands de François-Joseph, à demi détachés de son trône, n’attendent que sa mort pour se tourner vers l’empire allemand. Or ce sont des catholiques et des Bavarois ; un mince filet d’eau les sépare matériellement de la Bavière et rien ne les en sépare mentalement et socialement. Leur entrée dans l’empire, c’est la fin de la domination prussienne, c’est-