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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/632

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

Elle ne l’a pas éclairci directement sans doute mais elle l’a vérifié et, en pareille matière, une vérification sérieuse vaut un éclaircissement. En admettant même la parfaite véracité de ceux qui nous ont transmis le détail des expériences extraordinaires d’autrefois, on ne peut nier que leur pouvoir de contrôle ne fut mince. Ils n’y pouvaient employer que leurs sens, la vue, l’ouïe, le toucher. Or quand un thermomètre accuse un froid ou une chaleur intenses produits inopinément dans une pièce, il y a une preuve absolue que les sens n’ont pas été trompés par l’imagination en constatant ces modifications inexplicables de température.

À notre avis, il est désormais inutile de se regimber contre de pareilles constatations. Il faut que les adeptes du matérialisme en prennent leur parti ; leur doctrine préférée est à bas ; elle a été renversée par l’objet même de son culte, la science expérimentale. Plus nous irons, plus le principe si nettement proclamé par le professeur Richet s’imposera à la conscience de tous. L’esprit est évidemment distinct de la matière ; en tous cas il survit, en quelque manière, à la destruction corporelle ; il peut continuer d’exister et d’en avoir conscience. Nous ne savons rien de plus mais cela est énorme.

Une seule conséquence pratique à en tirer au point de vue moral : il faut respecter les religions qui apparaissent désormais beaucoup moins contraires à l’esprit scientifique qu’elles n’en avaient l’air. On peut, du reste, rapprocher de cet écroulement de la doctrine matérialiste celui de la critique des Livres saints judaïques et chrétiens. Un savant allemand rappelait dernièrement que rien ne subsiste plus des données d’après lesquelles Renan a écrit. Cela n’enlève au grand écrivain ni le mérite littéraire de son œuvre ni l’intérêt de ses déductions, mais toute la force de son argumentation s’en trouve ébranlée. Les cinquante dernières années du xixe siècle il s’est déduit des quantités de choses que nous apprenons aujourd’hui être parfaitement improuvées. Ces déductions, en général, tendaient à opposer la religion à la science. Or, il n’y a pas entre elles l’antinomie essentielle que l’on croyait. Soyons donc moins affirmatifs, moins intransigeants. Prenons une nouvelle « leçon d’erreur »… et attendons la vérité toujours lente à se découvrir.


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