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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/614

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

l’artiste est toujours enchaîné par l’étroitesse des rites et la puissance de la tradition. Les limites au dedans desquelles il se meut sont resserrées, mais que de grâce, de légèreté, d’ingéniosité il arrive à y déployer. Chandeliers, brûle-parfums, coupes, miroirs, moulins à prières, vases, tout cela est travaillé d’une manière consciencieuse, avec un souci du fini et une aspiration vers la perfection qui charment le regard et le toucher. Plus tard viendra la porcelaine, car si les Chinois ont connu bien des siècles avant l’ère chrétienne l’industrie de la poterie, ce n’est que vers le milieu du ixe siècle après J.-C. qu’ils parvinrent à faire de la porcelaine vraiment digne de ce nom. « Elle est, dit M. Maurice Paléologue dans son savant et charmant ouvrage sur les arts chinois, composée de deux parties distinctes : l’une fusible donne à la porcelaine la transparence qui est son principal caractère ; elle est fournie par une roche pétro-siliceuse : on l’appelle pe-tun-tse. L’autre partie composante est infusible : c’est l’élément plastique de la porcelaine ; elle sert de corps à la poterie et lui donne la propriété de supporter la température nécessaire pour vitrifier l’élément fusible. Cette matière est le kao-lin ; c’est de l’argile presque pure… Les porcelaines se divisent en deux classes : les porcelaines à pâte tendre et les porcelaines à pâte dure. Les premières sont fusibles à une température d’environ 800 degrés ; les autres, au contraire, restent inattaquables à 1.500 degrés et au-dessus. » Les amateurs classent les produits de la céramique chinoise en six périodes, sans compter le période contemporaine. Nous n’avons pas à entrer ici dans le détail de ces classifications qui intéressent sur tout les collectionneurs, mais il nous reste quelques mots à dire sur la peinture.

Là encore l’artiste chinois s’est trouvé circonscrit dans une sphère secondaire ; il n’est jamais devenu peintre au sens que nous donnons à ce mot ; il est resté miniaturiste et calligraphe. Le détail lui a constamment masqué l’ensemble ; le culte de la ligne lui a fait oublier le relief ; la recherche de l’exactitude dans la perspective lui a ôté jusqu’à la notion des fantaisies nécessaires à la satisfaction du regard. Ses raccourcis sont à la fois magnifiques et absurdes ; sa façon d’éclairer les objets, puérile et charmante. Le fait qu’en 1830 un peintre de Canton du nom de Lau-Koua tenta d’appliquer à l’art chinois nos procédés européens et y échoua complètement permet de mesurer l’abîme qui sépare des nôtres les peintres du Céleste empire.