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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/606

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

voyance et le courage du souverain en même temps que les indécis se sentirent incités à accepter le point de vue des libéraux. C’est alors que sur l’initiative de certaines évêques commença une campagne assez violente pour intimider ceux qui craignent — avec juste raison d’ailleurs — de surexciter les passions religieuses. Le cabinet libéral à laquelle servait de base une majorité instable en fut ébranlé ; diverses crises qu’on put croire un instant destinées à ramener au pouvoir les conservateurs se dénouèrent enfin par la constitution d’un cabinet nettement libéral présidé par le marquis de la Vega di Armijo auquel ses quatre-vingt deux ans n’enlèvent rien de la force de ses convictions et de l’ardeur de son dévouement. Là en sont les choses d’Espagne… La suite au prochain numéro.

Choses d’Amérique.

L’Amérique du Sud digère lentement la tournée courtoise mais impérieuse du représentant des États-Unis. M. Root a été fort bien accueilli et très fêté ; rien d’étonnant. Il a, dit-on, jeté les bases de plusieurs entreprises fructueuses pour son pays ; encore que ce point ne soit pas nettement établi, il y aurait loin d’une opération de ce genre à l’espèce de main-mise des États-Unis sur les républiques espagnoles telles que les journaux d’Europe se sont trop pressés de la décrire. Au temps de James Blaine — il y a dix-sept ans — le plan, tout démesuré qu’il fut, était peut-être réalisable ; il ne l’est plus pour deux raisons. La première, c’est que les républiques espagnoles ont grandi, qu’elles se sentent à la veille d’un magnifique essor et n’ont plus du tout besoin qu’on les protège ; la seconde, c’est que les États-Unis ont vu leur action se « mondialiser » au point qu’ils ne sauraient désormais concentrer leurs forces sur la mise en pratique d’un panaméricanisme exclusif.

Ce n’est pas le sud mais le nord du continent américain qui doit éveiller en ce moment les préoccupations générales. Un incident est né sur la côte du Pacifique auquel on pouvait s’attendre et qui ne présentait en soi rien de réellement dangereux. Les Californiens qui repoussent pour leurs enfants la promiscuité des écoliers chinois ont voulu assimiler les Japonais aux Chinois et reléguer tous les enfants de race jaune dans des écoles spéciales où ne fréquentent pas ceux de race blanche. C’est ainsi qu’on en agit dans les