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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/601

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CE QUI SE PASSE DANS LE MONDE

les principaux, des faits susceptibles d’influer sur la marche générale du monde. Les mémoires du prince de Hohenlohe ne forment pas en eux-mêmes un monument de grande envergure. Mais ils passent au crible d’une critique qui sait rester froide et indépendante sans devenir sceptique ni malveillante, certaines réputations dont l’admiration convenue et irraisonnée de la foule n’avait pas permis qu’on approchât jusqu’ici. Pour que pût être entrepris le « déboulonnage » de Bismarck tel qu’il vient de s’opérer, il fallait qu’un Allemand y mit la première main. Le prince de Hohenlohe s’est acquitté de ce soin avec un curieux mélange de zèle et de sobriété ; il ne s’est pas perdu dans les détails ; il n’a pas cherché à copier Saint-Simon. Il a montré le grand homme inutilement méchant et maladroitement habile, énergique d’une énergie bien souvent outrée, intelligent d’une intelligence presque toujours incomplète. Nos lecteurs nous rendront cette justice que tel est le Bismarck que nous leur avons toujours présenté et auquel beaucoup d’entre eux n’avaient pas voulu croire. Peu à peu, cette conviction pénétrera dans tous les esprits que Bismarck, pour achever selon ses vues une unité qui se serait faite sans lui de façon différente, a compromis gravement la solidité de l’édifice. C’est là que sont la vérité historique et la clef de bien des événements actuels.

Si grand qu’ait été sur eux l’effet des révélations du prince de Hohenlohe, les Allemands ne se détachent que difficilement du culte bismarckien, et il faut avouer que ce ne sont pas les talents de son successeur qui contribuent puissamment à ce résultat. M. de Bulow a une manière de parler peu propre à lui faire des admirateurs et des amis. On dit qu’il a prononcé l’autre jour son discours « du ton d’un clubman qui daignerait faire campagne électorale parmi ses fermiers. » La critique est fine et sans doute justifiée. Ce qui paraît toutefois plus défectueux encore, c’est la façon dont les dirigeants de la politique germanique jonglent avec les faits. Tantôt ils se plaignent d’être menacés par la France, lâchés par l’Italie, haïs par l’Angleterre, dupés par la Russie, tantôt ils font montre d’une confiance sereine en la fidélité de leurs alliés comme en la loyauté de leurs voisins. Ils brandissent dans la même semaine un laurier de paix et un glaive flamboyant ; ils soulèvent des incidents perpétuels et en témoignent aussitôt la plus vive contrariété. Finalement, ils souffrent les premiers du mécontentement général causé par leurs agisse-