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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/510

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

levier, le bateau, la poterie, l’écriture enfin, voilà les bases profondes de notre civilisation ; voilà les assises géantes enfouies dans le sol, les bienfaits colossaux que nous ont légués nos ancêtres inconnus. Que l’idée du pont soit née de deux arbres s’inclinant l’un vers l’autre au-dessus d’un cours d’eau et reliés peut-être par une liane suggestive, — que l’idée du bateau soit issue d’un tronc d’arbre creusé par les ans et s’en allant à la dérive avec quelque branchage donnant prise au vent et servant de voile, cela est vraisemblable. La genèse de l’écriture telle que la conçoit Von Ihering nous satistait également. Les marques de couleur servant à reconnaître le bétail en auraient constitué l’embryon. À force de les tracer sur la peau du bœuf vivant et de les apercevoir sur la peau de l’animal mort, on se serait accoutumé à l’utilisation de ce parchemin naturel pour y fixer par des signes conventionnels le souvenir d’un événement ou le détail d’une entente. On imagine moins aisément comment l’homme fut conduit à cuire de la terre ou à fondre du métal et, s’il n’existait pas à la base de certaines plantes tropicales de véritables toiles naturelles à fibres entrecroisées, le principe du tissage nous semblerait inaccessible à l’être primitif. Quant au levier et plus encore à la roue, ils ont dû jaillir d’un esprit avancé qu’éclairaient quelques lueurs de génie. La roue, plus encore que le cheval, facilita les grandes migrations en permettant d’entasser sur des chariots les enfants, les provisions et le butin. Faute de l’avoir connue, l’Amérique fut stagnante. La roue lui manqua plus que le cheval ; l’homme voyage sans le cheval ; la famille ne voyage pas sans le chariot. C’est ainsi que les peuplades d’Amérique fort développées socialement et mentalement vécurent dans le passé lointain isolées et condamnées à l’étiolement.


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FOIRE NORMANDE



Il avait une brave figure, ce Normand et, tout de suite, il comprit la situation et envoya chercher un « siau ». Comme les chevaux allaient être contents de manger leur avoine dans un siau ! Cela les changerait, pour sûr, de leurs habitudes. En attendant, à