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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/48

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

ques en pleine activité. Il est clair qu’au début les Japonais, n’y connaissant rien, firent appel à nos ingénieurs et vinrent à l’école en Europe. Aujourd’hui l’industrie nipponne est nationale dans tous ses éléments.

Ils ont travaillé de même à libérer leur commerce des intermédiaires étrangers. Malgré leur répugnance héréditaire pour ce genre d’occupation, il a bien fallu qu’ils s’y mettent. Toujours méthodique, le gouvernement japonais s’est d’abord appliqué au développement des communications. À l’intérieur on a construit des chemins de fer : la première ligne, inaugurée en 1872, avait 28 kilomètres de long, aujourd’hui les réseaux s’étalent sur 10.000 kilomètres. À l’extérieur, on a développé la marine marchande : en 1870, cette marine marchande japonaise comptait 35 vapeurs et 11 voiliers jaugeant à peu près 11.000 tonnes ; en 1904, elle se composait de 1.500 vapeurs et 4.500 voiliers jaugeant exactement 1.113.000 tonnes. En 1868 — première année du Meiji — la valeur totale du commerce extérieur ne dépassait pas 60 millions de francs ; en 1904, elle a atteint 1 milliard 726 millions 550.000 francs… N’abusons pas des chiffres, mais constatons l’effort et le succès qui l’a suivi.

En même temps, le Japon réformait son administration, qui est aujourd’hui un modèle du genre, élaborait des codes d’après les nôtres, adoptait nos progrès matériels pour la vie courante. Son aspect a peu changé, sans doute, en cinquante ans, ceux qui l’ont visité vers 1870 s’y reconnaîtraient encore et retrouveraient leur « vieux Japon ». Les gens y sont toujours habillés de la même manière — la Cour seule et les hauts fonctionnaires prennent nos façons — mais leurs occupations se sont modifiées, et leurs aspirations aussi. Jadis on vivait là-bas au jour le jour, sans souci de l’avenir et comptant les uns sur les autres : on y connaît maintenant la lutte pour l’existence, et ceux qui ont continué de vivre comme à l’ancien temps sont devenus misérables. La plupart des maisons sont bien encore construites en bois et en papier, mais au lieu des lanternes fumeuses on y voit à présent la lumière électrique. Les boutiques sont toujours aussi simples, grandes ouvertes sur la rue, sans meubles, mais presque toutes possèdent le téléphone. Tout est à l’avenant.

Bref le Japon s’est égalé jusque dans les détails aux nations d’Europe les plus puissantes et les mieux douées. Son armée a vaincu l’armée russe ; sa flotte est la troisième du monde ; sa