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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/473

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L’ISLAMISME

« La religion de Dieu est l’Islam » proclame le Coran. Tout en criant ainsi bien haut qu’ils pratiquent seuls la vraie religion, les musulmans ne sont pas aussi fanatiques qu’on nous les représente souvent. Mahomet, très intransigeant à l’égard des idolâtres, s’est montré tolérant à l’égard des chrétiens et des juifs. Le Penthateuque et l’Évangile sont honorés par les docteurs de l’islam ; Moïse et Jésus-Christ sont hautement vénérés par eux. Ils considèrent seulement leur religion comme une étape nouvelle, comme un progrès réalisé sur les précédentes, comme l’ultime révélation par laquelle Dieu a parfait son œuvre.

Sans doute l’histoire a enregistré de leur part des explosions de fanatisme, des persécutions violentes contre les juifs et les chrétiens mais leurs responsabilités s’atténuent quand on songe aux provocations dont ils furent parfois l’objet. D’ailleurs ils auraient peut-être le droit de nous opposer l’Inquisition, les Saint-Barthélémy, les Vêpres siciliennes quand nous jugeons sévèrement leurs excès ? Certains de ceux qui ont vu les musulmans chez eux en Turquie, en Égypte, en Perse et au cœur même de l’Arabie, estiment qu’ils nous traitent infiniment mieux que nous les traitons nous-mêmes. La vérité c’est que les Européens, trop conscients de leur supériorité, affectent publiquement chez eux le mépris de leurs coutumes et de leur culte et qu’ils vont souvent ainsi au devant des difficultés. Il est juste de dire que ce reproche ne s’applique pas aux missionnaires catholiques établis en pays musulman. Du reste, si étrange que cela puisse paraître aux personnes peu familiarisées avec les choses de l’islam, leur caractère religieux les rend plus respectables aux yeux des foules. Elles voient en eux « des hommes qui prient », des hommes « qui font la charité », elles les estiment et le Sultan lui-même, Abdul Hamid, ayant fait récemment construire à Jérusalem un hôpital turc n’a rien trouvé de mieux que d’en confier l’administration à des sœurs françaises.

Les détracteurs systématiques de l’islam, après lui avoir reproché sa prétendue intransigeance, lui font un crime d’admettre l’esclavage et la polygamie. Ceux-là devraient considérer les circonstances au milieu desquelles il est né et s’est perpétué et les difficultés avec lesquelles il s’est maintes fois trouvé aux