Ouvrir le menu principal

Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/47

Cette page a été validée par deux contributeurs.
33
LE JAPON TEL QU’IL EST

bien vite les instructeurs européens. Aidés dans leur tâche par les dispositions naturelles du peuple entier, ils ont réussi au delà de nos craintes. En 1895, le Japon était assez fort pour vaincre la Chine ; en 1899, il inspirait assez de respect aux nations d’Europe pour qu’elles renonçassent aux concessions territoriales et aux privilèges moraux qu’il leur avait consenties ; aujourd’hui c’est une « grande puissance ».

Comprenant le prix de la richesse, le Japon s’occupa de mettre en valeur son territoire et de chercher partout des débouchés pour ses produits. Avant tout, il lui fallait vivre : sa politique fut subordonnée à son « appétit », au vrai sens du terme. Le Japon se compose de quatre grandes îles et d’une infinité d’îlots qui couvrent ensemble une superficie équivalente aux cinq sixièmes de la France. Ses terres cultivables égalent seulement la septième partie de ce territoire et sont insuffisantes aux besoins d’une population qui atteint 45 millions d’habitants. Le Japon, obligé d’importer les denrées nécessaires dépendait donc de l’étranger et a voulu ici encore s’en affranchir. Comme la Corée, sa douce voisine, lui servait de grenier d’abondance, il prétendit bien vite n’y voir personne autre que lui, il s’en montra jaloux, en chassa la Chine en 1896, en chassa les Russes en 1904, et l’occupe aujourd’hui en maître, augmentant son marché d’approvisionnement des riches pêcheries de Sakhaline. La signature de la Russie et l’alliance de l’Angleterre lui garantissent les avantages qu’il a conquis. Le voilà tranquille, assuré de vivre, de manger à sa guise : il pourra consacrer son activité au développement de sa richesse.

Par sa nature, c’est un pays voué à l’industrie. Il possède en abondance la force motrice — charbon, pétrole, chutes d’eau — et voisine avec un marché de distribution immense, la Chine. C’est plus qu’il n’en faut pour devenir une grande puissance industrielle. Ses mines lui donnent le cuivre, le fer, le soufre ; la culture du mûrier et l’élevage des vers à soie lui procure une matière première de grand prix ; l’étendue de ses côtes et l’étroitesse relative de ses îles facilite ses moyens de circulation ; sa population lui fournit une main d’œuvre nombreuse. Tels sont les avantages naturels du Japon industriel. L’Ancien régime les ignorait, le Nouveau a compris leur valeur. La grande industrie fut fondée vers 1880, par l’État. Ses usines modèles, répandues dans plusieurs provinces, incitèrent les particuliers à suivre son exemple et, en quelques années, le Japon posséda des centaines de fabri-