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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/468

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REVUE POUR LES FRANÇAIS

seulement le nombre de ses adhérents. Sa doctrine nous laisse indifférents : nous en connaissons surtout les singularités et nous lui attribuons a priori quantité de défauts et d’erreurs qui font du musulman un être étrange, antipathique et un peu dédaigné. Nous cédons ainsi à des préjugés de race ou de religion indignes de notre culture. Il est utile de les détruire en substituant dans nos esprits des faits authentiques à de simples légendes. Vous montrer l’islam tel qu’il est suffira sans doute pour le réhabiliter quelque peu à vos yeux.

Pour les musulmans, Dieu lui-même inspira Mahomet et, lui ayant dicté le Coran par la bouche de l’ange Gabriel, en fit son Prophète. Pour les non-musulmans qui lui dénient cette qualité, Mahomet ne reste pas moins le fondateur unique de l’islamisme et un extraordinaire génie. Son histoire nous est bien connue : elle s’appuie sur des sources précises, scientifiquement contrôlées ; elle est récente et n’a rien de légendaire.

Au temps où Mahomet vint au monde à La Mecque, l’Arabie était en pleine décadence. Ses habitants, divisés en tribus hostiles, se séparaient tous les jours plus les uns des autres, se pillaient, se volaient mutuellement ; aucune autorité, aucun lien ne les solidarisait et leur pays, menacé d’envahissement dans toutes les directions, semblait voué à la ruine et à l’anéantissement.

Emmené par son oncle jusqu’en Syrie, pays très prospère et très avancé pour l’époque, Mahomet s’en revint frappé et doublement peiné de la déchéance de sa patrie. La régénération de l’Arabie fut ainsi le point de départ et la raison d’être de sa carrière. Cherchant un lien solide qui unit tous ses compatriotes et les solidarisât vis-à-vis du monde étranger, il se mit au travail en silence sans faire part de son intention à quiconque si ce n’est peut-être à sa femme Khadidja et, après une retraite de quinze années — il avait alors quarante ans — commença de révéler parmi ses proches sa découverte : l’islamisme. Au milieu des mouvements d’enthousiasme et de haine soulevés par cette révélation qui équivalait à une déclaration de guerre au paganisme alors tout puissant à La Mecque, Mahomet, menacé de mort, prit la fuite. De cette fuite — hidjra — date pour les musulmans l’ère nouvelle