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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/467

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CHARLEMAGNE ET SON EMPIRE

qu’elles se manifestassent. L’unité du culte était la seule qu’il voulut réaliser. Dans son palais se côtoyaient l’anglais Alcuin, l’irlandais Clément, l’italien Pierre de Pise, l’espagnol Theodulf, le lombard Diacre… C’était une Babel. Éginhard l’historien, seul était de race franque.

Ces traits marquent la figure de Charlemagne d’une façon qui explique l’intensité et l’universalité de sa réputation. Car il ne faut pas oublier que pendant cinq cents ans cette réputation domina véritablement l’Europe ; il n’est point d’homme qui ait ainsi rempli le monde de son nom. Napoléon, en effet, n’est mort que depuis quatre-vingt ans et il n’est pas étonnant que sa mémoire vive encore. Entre les deux, soit dit en passant, nul parallèle n’est permis. Napoléon était un conquérant et un organisateur, et comme tel il avait eu des précuseurs. Charlemagne n’en eut point non plus que d’imitateurs. Il donna une forme tangible, quelques années durant, au long rêve populaire qui l’avait lui-même acheminé vers l’empire. Il fonda par l’énergie du vouloir, souvent aussi par la cruauté des moyens, le règne d’une loi morale basée sur la pratique du christianisme et s’étendant sur des peuples que diversifiaient la race et l’intérêt. Les résultats effectifs de son action, la création de l’Allemagne par exemple, furent des résultats involontaires ; il ne les cherchait pas. Certes le rôle de Charlemagne dans l’œuvre de la civilisation européenne est immense ; il est permis toutefois de se demander si, en présence de circonstances aussi favorables et doué de qualités personnelles si admirables, ce grand prince n’aurait pu mieux employer les vingt dernières années de son règne qui, au total, en dura quarante six et s’il n’aurait pu, en suivant des voies plus humaines, en s’inspirant de principes plus pratiques, viser et atteindre un but moins noble peut-être, mais plus durable et plus fécond.


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LES RELIGIONS DE L’ASIE

L’ISLAMISME



L’islamisme est généralement peu estimé des Européens. En l’admettant parmi les grandes religions humaines, on considère