Ouvrir le menu principal

Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/461

Cette page n’a pas encore été corrigée
337
CHARLEMAGNE ET SON EMPIRE

Telle était l’œuvre devant laquelle l’Occident — y compris l’Angleterre convertie pacifiquement par les missionnaires pontificaux et entrée désormais dans le giron chrétien — se sentait transporté d’admiration. À part le Khalifat de Cordoue qui dominait la plus grande partie de l’Espagne, la Bretagne demeurée particulariste et barbare, la Scandinavie et la Bohême, la chrétienté comprenait désormais toute l’Europe occidentale jusqu’à l’Oder et au Danube. Charlemagne régnait sur la majeure partie de ces immenses territoires. Sa capitale était à Aix-la-Chapelle, au centre du royaume d’Austrasie qui comprenait la Thuringe, la Prusse Rhénane, la Lorraine, la Hollande actuelles. À gauche de l’Austrasie, il y avait la France, divisée en royaumes ou provinces de Neustrie (de Nantes à Gand)[1], d’Aquitaine (pays situés entre la Loire, le Rhône et la Garonne) et de Bourgogne (de Melun à Arles et de Bâle à Nice). À droite il y avait la Bavière et l’Allemanie (de Strasbourg à Bâle et de Nuremberg à Saint-Gall), embryon du futur royaume d’Allemagne ou de Germanie ; enfin, au sud, le royaume d’Italie comprenant la Lombardie, la Toscane et les États de l’Église donnés au pape par Pépin et que néanmoins Charlemagne considérait comme soumis à son autorité directe. Une ceinture d’États tributaires ou de marches frontières, les duchés de Gascogne, de Bénévent (futur royaume de Naples), les marches d’Espagne, d’Autriche (empire Austro-Hongrois actuel), de Nordalbingie (Schlesvig) complétaient la physionomie et assu raient la sécurité du nouvel empire.

Car c’en était un et dès la fln du viiie siècle il avait atteint son apogée territoriale. Si le roi des Francs eût pris à ce moment l’initiative de ceindre à Aix-la-Chapelle une couronne impériale, il n’eût fait qu’assumer un titre correspondant à la fonction qu’il remplissait déjà. Mais ce qu’il désirait ou plutôt ce que des conseillers dévoués, et avant tous autres le savant Alcuin, désiraient pour lui, c’était l’empire romain, c’était le titre de César Auguste, de successeur de Trajan et de Constantin.

Charlemagne empereur

Voilà bien le titre que Charlemagne reçut à Rome le jour de Noël de l’an 800. Pendant qu’il priait dans la basilique de Saint-

  1. Nous donnons des points de repère qui n’existaient pas tous au temps de Charlemagne mais qui permettent au lecteur de dessiner son empire en quelques coups de crayon sur n’importe quelle carte.