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Page:Revue pour les français, T1, 1906.djvu/459

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CHARLEMAGNE ET SON EMPIRE

mais qui nominalement relevaient toujours de l’empire d’Orient, il l’érigea en État pontifical indépendant. Ce fut là comme on sait l’origine des États de l’Église. Le dessein de Pépin n’était pas mauvais. Il était désirable d’assurer la pleine liberté de la papauté, en même temps que de fixer en quelque sorte la géographie de l’Italie et rien ne pouvait mieux y conduire. Appuyé par le roi des Francs et défendu par lui contre les attaques des Lombards, le Pape put reprendre ses négociations avec l’empereur d’Orient en vue d’arriver à une entente sur les questions religieuses. Il y eut notamment un grand Synode présidé par Pépin, les derniers temps de son règne et qui se tint en France, à Gentilly : la question d’une réconciliation entre les églises romaine et byzantine y fut débattue.

Charlemagne roi des Francs

Rien de tout cela pourtant n’acheminait la monarchie franque vers la pourpre impériale et, à vrai dire, nul n’y songeait : ni le souverain lui-même, ni le pape, ni les populations soumises à leur contrôle. C’est que Charles-Martel et Pépin le Bref, quels que fussent d’ailleurs les titres acquis par eux, le premier comme vainqueur des musulmans, le second comme protecteur du Saint-Siège n’avaient point eu de rôle universel à jouer : leur pouvoir n’intéressait qu’indirectement les autres nations et, dès lors, l’idée impériale qui sommeillait au fond de l’âme populaire, n’avait pas de motif à s’éveiller. Vienne un prince susceptible de créer cet intérêt unanime et de s’imposer à l’admiration générale, l’idée surgira aussitôt parce que la force qu’elle a acquise naguère est si grande que ni les années écoulées, ni les désillusions et les déboires passés n’ont pu la tuer.

Charlemagne est ce prince. Dès qu’il paraît, tous les regards sont sur lui. Il partage avec son frère Carloman l’héritage de Pépin (768). Cinq ans après, Carloman meurt et ses sujets écartent du trône ses fils auxquels ils préfèrent leur oncle. Charlemagne est seul roi. Tout aussitôt s’affirme la grande pensée de son règne royal : convertir. Est-ce par enthousiasme dévot ou par nécessité politique ? Ni l’un ni l’autre. Charlemagne ne fut jamais dévot. Ses mœurs étaient loin d’être pures. Il répudia sa première femme au bout d’un an de mariage et n’eut point de scrupules à dépouiller ses neveux. Sa déférence envers le pape